Archives de Tag: classe inversée

#Clair2014, un premier jet

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Un premier jet, car je ne peux contenir toute cette énergie collectée, j’ai envie que rapidement vous y ayez accès vous aussi.

Un premier jet, car c’est une certitude que germeront d’autres graines recueillies au CAHM, et que des ébauches se préciseront.

Sans blague, que vous soyez en enseignement ou non, l’éducation touche tout le monde… l’inspiration, le leadership, la création, c’est universel. Clair est un pèlerinage pédagogique dans mon cas, un lieu de rencontres, de renaissance cognitive, un terreau de possibles, une addition de réflexions qui, littéralement, dansent un rock’n roll en ligne neuronale. Jean-Yves Fréchette (@jyfrechette et @pierrepaulpleau) « slame » la créativité, Annick Arseneault (@annickcarter1) s’ancre dans la réalité d’une classe qu’elle inverse, Nancy Brousseau (@nancybrousseau) colle des évidences pour faire un reflet et Raymond Vaillancourt dessine le leadership avec beaucoup de couleurs. Ce sont mes coups de coeur, et je ne parviens pas à n’en choisir qu’un… C’est tout dire! Offrez-vous une parcelle, croquez la saveur de ‪#‎Clair2014‬.

Grâce à la participation de l’Université de Moncton et des élèves du CAHM (l’école qui accueille l’événement annuellement depuis 5 ans déjà), les conférences de chacun sont disponibles en ligne et les présentations PowerPoint, SlideShare ou autres sont aussi accessibles.

Mes yeux brulent.

La route fut longue.

À suivre!

Magie et épines – Partie 2: segment épineux

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Épines

1) Ressources, code de vie et interdits

Les conditions de mise en oeuvre de l’aventure de Merveilles du monde sont les suivantes: nous avons deux flottes de  portables, deux bornes sans fil mobiles, une fixe au secrétariat, un lab et demi d’ordinateurs. Deux autres bornes sans fil fixes sont à venir. La direction mène le dossier avec considération.

On a compris qu’Internet ouvrait des portes. Toutes ces ressources sont souvent utilisées pour permettre la recherche (pour l’instant, c’est ça…) à l’intérieur des cours, principalement de PI, d’ECR et de MCO (si je me fie aux statistiques de réservations). Le gr.13 est en classe avec moi quand ces autres cours ont lieu… Par chance, mes collègues sont géniaux de générosité, lorsqu’il reste 2 ou 3 portables disponibles, on installe des stations de communication dans ma classe, je débranche puis rebranche et on est parti!

Le code de vie est clair: aucun appareil mobile n’est autorisé en classe pour les élèves. Parfois, j’ai envie d’être professionnellement délinquante…

Bref, l’aventure des Merveilles du monde prend vie dans des conditions semblables à celles de la plupart des écoles secondaires publiques. Il en va de même pour M. Rich qui pilote l’aventure simultanément avec son groupe d’adaptation scolaire. Avis à tous ceux qui auraient voulu penser que des conditions gagnantes devaient être d’abord mises en place avant que nous puissions engager un changement de pratiques actualisées. On fait du camping technologique! Les élèves participent même à la recherche de solutions. Parfois, on inverse littéralement le cours à cause de situations matérielles.

2)  Classe inversée

J’y reviens… Ça tourne pas « sur un dix cennes » des habitudes!

La classe inversée demande une mobilisation des élèves et les plus en difficulté n’y parviennent pas tous… pour l’instant. Ce n’est pas magique, il leur faut conscientiser que cet outil est accessible. Or, ils l’évitent, trouvent des excuses (plus recherchées que le chien qui a mangé le devoir, ça développe leur imagination, il me faut le reconnaitre!!) Je me rends compte que le fonctionnement du« Je ne comprends pas! » et on accourt pour me répéter une 42e fois quelque chose que je n’écoute pas jusqu’à ce qu’on finisse par me donner la réponse, enfin! est très ancré dans les pratiques de certains jeunes. Sont-ce eux ou nous qui avons construit ça? Le cerveau est intelligent, il choisit toujours la voie facilitante…

3) « Oui, mais »

« Oui, mais mon enfant a des difficultés d’apprentissage.

– Raison de plus madame! Ces vidéos sont un excellent moyen de lui permettre de prendre le temps de comprendre sans avoir seulement accès à la lecture de notes de cours ou de cahier d’exercices, il peut appuyer sur pause, recommencer, vous demander de l’accompagner là-dedans…

– Oui, mais, je n’ai pas le temps!

– Chaque vidéo ne dépasse pas 15 minutes. « 

Enfin, les « oui, mais » sont plus que nombreux de la bouche des élèves et aussi des parents… et aussi de certains collègues qui remettent en doute mes remaniements pédagogiques.

4)  Se sentir seul et gérer l’incertitude

Justement, ces remises en question constantes de toutes parts peuvent devenir lourdes à gérer. J’informe ma direction et mes CP de l’avancement de cette aventure et des essais pilotés en joignant à de brefs courriels les traces de publications web qui parlent de nous, qui reconnaissent le travail fait. Aucun retour dans l’immédiat (l’histoire montrera, à la fin du parcours, que plusieurs ont suivi l’aventure silencieusement et de manière tout à fait intéressée. Le temps s’avère un ennemi pour les échanges. Tous sujets confondus). Sans doute est-ce normal. Je ne fais que mon travail, comme tous mes collègues. C’est l’exploration qui m’insécurise et qui m’amène à avoir davantage besoin de soutien, en fait, de feedback qui me confirmerait être dans le droit chemin. Je dois travailler mon intelligence intrapersonnelle à ce sujet!

« Moi, là, Anick, je trouve que tu travailles pour rien. Ça ne changera rien! Tu peux ben continuer à jouer avec eux, ils n’apprendront pas plus. Et les ordinateurs, on les utilise aussi, partout. Ils font plein de recherches les élèves. Ils font des Power Point. Et ils ne réussissent pas mieux. « 

Je tente des réponses qui mettent en lumière la nuance importante qui existe entre le changement d’outils et le changement de pratiques…

« En tous cas. »

Et la discussion se termine là. Trop souvent. Pas tout le temps. Presque.

Enfin, cet état de fait amène certaines incertitudes quant à la pertinence de ce qu’on tente comme remaniement, comme actualisation. Une incertitude qui doit, dans le quotidien, être quasi gérée seule. C’est là que prend tout son sens le réseau professionnel d’échange. Facebook, Twitter et, surtout, le partenariat avec M. Rich savent venir stabiliser le sol lorsque j’ai l’impression qu’il s’effondre sous mes pieds…

Et c’est là où prend tout son sens la présence quotidienne de ces êtres complets qui se trouvent dans la même pièce que moi…

Magie et épines – Partie 1: segment magique

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Toujours en expérimentation avec l’aventure des Merveilles du monde, je prends un temps pour garder des traces de cette mise en place. Pour moi, pour vous, pour être seuls, mais ensemble!

Comme pour toute bonne aventure, il y a des moments magiques (est-ce réservé aux poudings, cette expression?) et d’autres qui savent irriter, comme des épines. Voici donc un peu de tout ça jusqu’à maintenant!

Magie

1) S’adapter à la situation de communication…

Au départ, l’utilisation de Twitter a été chaotique. Où est la magie? Laissez-moi aller!

Les élèves, peu conscients du concept inconnu d’identité numérique, n’entrevoyaient pas la portée mondiale et incontrôlable des publications sur les réseaux sociaux, et ce, malgré l’amorce faite à ce sujet lors du bloc 1 de l’aventure. Plusieurs interventions ont dû être réalisées quant au choix d’avatar et, surtout, à la qualité de la langue (pour ne nommer que cela!).

L’engagement progressif de différents acteurs a supporté l’avancement foudroyant qui s’est opéré. En effet, la visite du M. Rich de @ClassedeMRich a su donner vie au cyber en le rendant réel. À cela se sont ajoutés d’autres abonnés tels que @AnneGucciardi (responsable du projet lecture de l’école), @julie_vzina (orthopédagogue de l’école), @yvanpelletier (enseignant de l’école) . À l’intérieur de leur école, les élèves suscitent l’intérêt d’autres professionnels, et on devient témoins de discussions de corridor où les mots « Twitter », « Popplet« , « Bonpatron » et « Larousse.fr » résonnent. Des élèves présentent des outils à des adultes avec assurance et conviction, comme des conseillers.

Lorsque les élèves ont vu les salutations suisses de @classe6eynard, ils ont cru à une blague. Certains sont demeurés perplexes jusqu’à ce qu’ils voient passer l’article de @Sebastienwart qui présentait en détails notre aventure en incluant des tweets d’élèves de nos groupes. Là, ils ont saisi l’ampleur. Ils ont compris qu’ils étaient lus par plus de gens que ceux qui se trouvaient dans la classe. Alors que cela générait un stress chez quelques-uns (qui voulaient tout abandonner, car le défi devenait trop grand), d’autres y voyaient la possibilité d’obtenir « reconnaissance » au-delà des murs d’une seule et même classe. Je leur ai aussi exposé l’anxiété qui m’avait envahie en voyant les vidéos de mes balbutiements de classe inversée. « On voit ma face… tout à coup qu’on juge que je ne suis pas une bonne enseignante… je sais que mes vidéos ne sont pas parfaites… que vont dire les autres? » On a normalisé cette peur. Sartre avait vraiment raison d’écrire que « L’enfer, c’est les autres ». Grâce à la conférence sur l’estime de soi de M. Widemir Normil, on a choisi de « ne laisser personne péter notre balloune! » « Go on Anick! On est avec toi! » (1ère secondaire… Oui, ils m’impressionnent aussi! ;))

Et soudainement, un parent nous suit sur Twitter. Puis une amie à moi, mère perplexe et intriguée. Du jour au lendemain, @Classe_dAnick voit s’ajouter des abonnés inconnus et, de ce même jour à ce même lendemain, les élèves gazouillent de plus en plus. Pour d’autres raisons aussi que les « tweet-missions » données en classe.

Pendant un cours d’ECR en compagnie d’un remplaçant, les élèves ayant terminé leur recherche peuvent s’occuper comme bon leur semble. Ordinateurs en main,  le groupe 11 choisit de soutenir le groupe 13 qui se trouve en français en gazouillant des indications de correction avec le mot-clic deviné par déduction #corr13. D’autres publient des informations surprenantes recueillies lors de leur recherche d’ECR. Certains en profitent pour compléter leurs « tweet-missions ».  (Quelques-uns encore penchent pour les échanges sociaux incluant les « sa va? » contre lesquels nous sommes en cavale. Je n’ai pas eu à intervenir. L’intervention avait déjà été faite quand j’ai croisé ces quelques-uns…)

Parfois, le soir, je reçois des messages privés d’élèves qui, voulant s’assurer de bien rédiger leur gazouillis, s’informent des outils d’aide à la correction qu’ils pourraient utiliser ou des mots-clics à intégrer. Si je ne suis pas suffisamment rapide à répondre à leur gout, ils se retournent vers le groupe et publient leur questionnement sur le fil. Souvent, ce n’est pas moi qui solutionne le problème! On assiste donc à un partage sur plusieurs plans.

2)  lecture aisance-fluidité (Bloc 2)

Il y a 4 ans, accompagnée par Mme Lacharité, j’ai expérimenté ce type de lecture en accompagnement de douze élèves en difficultés lors de 4 à 6 obligatoires après l’école. Cette même année, j’ai observé M. Turcotte, un enseignant d’une autre école, responsable de l’accompagnement en lecture. Dans son école, pendant 3 mois, on retirait une douzaine d’élèves de certains de leurs cours pour travailler la lecture et chaque rencontre commençait pas la lecture aisance-fluidité.

L’idée générale de ce type de lecture est de rencontrer le texte à répétitions, à haute voix, pendant 10 minutes. L’enseignant écoute chacun et intervient pour ajuster les méprises. On remarque ainsi que:

  • certains élèves décodent bien les mots de 2 syllabes, pas ceux de trois;
  • d’autres escamotent tous les petits mots (prépositions, déterminants, pronoms) et décryptent bien les longs;
  • plusieurs devinent les mots longs;
  • peu reprennent lorsqu’ils ne saisissent pas le sens des phrases lues;
  • la ponctuation apparaît accessoire pour la plupart.

Ainsi, on se rend compte que le sens à construire lors de la lecture est altéré pour diverses raisons. Tant que cette lecture se fait en silence, il est impossible de déceler là où le bât blesse et de pouvoir intervenir en guidant.

En classe régulière, l’intégration étant en vogue, on se retrouve avec des élèves pour qui cette lecture à haute voix est aisée et d’autres pour qui elle est plus qu’ardue. À quoi bon la mettre en place si elle ne peut être bénéfique pour tous?

Ah! Pour plusieurs raisons, je vous l’assure! Et qui a dit que tous n’y trouveraient pas leur compte, hein?! 😉

En effet, l’attention et la concentration sont des gestes mentaux nécessités par ce type de lecture. Plus d’un sens est mis à profit. Le bourdonnement qui naît de la lecture simultanée amène d’emblée les élèves à dire : « Je ne suis pas capable, le bruit me dérange. » Combien de fois plusieurs ont choisi cette excuse pour contourner l’exercice? Je ne les compte plus! « Essaie. » « Non, moi, je ne suis pas capable. » Temps d’arrêt. Discutons du poids de ces mots « pas capable » sur notre cerveau…Jasons de ces gestes mentaux que notre cerveau est humainement capable de poser. Trouvons des moyens. Les chanteurs placent leur main près de leur oreille pour créer une caisse de résonnance. Et si on essayait? « Moi, je vais boucher mes oreilles. » Ok. « Moi, je vais aller m’asseoir dans le coin intra. » Ok. Et on réessaie.

Au départ, près de 50% étaient rébarbatifs, qu’ils soient titulaires d’un bulletin de 91% ou de 32%. La situation a tôt fait de changer et, hier, lors de la dernière période de lecture aisance-fluidité intensive, tous lisaient à haute voix, attentifs à leur texte, concentrés sur leur propre voix, assurés dans leur lecture à la ponctuation plus efficace, entre autres.

À la fin:

« Eh puis, qui a vu une progression dans son habileté à lire depuis le début de l’expérimentation? » 28 mains levées. 29 élèves.  Même les plus habiles lecteurs sont capables de qualifier l’amélioration.

« Mme Anick?

– Oui!

– Merci! Je suis bien content que vous nous ayez forcés à lire comme ça. Ça m’a vraiment aidé. Je fais mes devoirs de math en lisant à voix haute à la maison.

– Et en classe?

– Ben non, je ne peux pas, je vais déranger les autres… »

Et si pour cet élève (et tous les autres qui hochaient la tête) cette lecture était nécessaire pendant un temps, ne pourrions-nous pas lui (leur) permettre d’utiliser ses oreilles pour comprendre ce qu’il lit? Discussion de salon du personnel à venir! 🙂

3) Classe inversée : Improvisation libre avec les moyens du bord

Pour l’instant, cette façon de faire soutien l’apprentissage des élèves les plus doués, ceux qui sont habituellement ralentis par le rythme du groupe. Les vidéos les accompagnent et font naître des questionnements pertinents auxquels je peux répondre pendant qu’une vidéo s’occupe d’éclairer un autre élève. Et vice versa. C’est la parcelle magique! Voici celle qui est plus épineuse et qui prépare le terrain pour l’article Magie et épines – Partie 2 : segment épineux:

Bon, à la base, j’aurais voulu pouvoir implanter la classe inversée telle que mes lectures m’ont amenée à la comprendre. Cours en « devoir », travail accompagné à l’école.

La réalité est que:

  • 11 élèves n’ont pas Internet à la maison;
  •  6 ont des interdictions d’y avoir accès pour des raisons de gestion de comportement propre à chaque cellule familiale;
  • 3 ont des parents qui ont choisi de dire que cette utilisation d’Internet n’est pas pertinente et qu’il serait plus judicieux de continuer à apprendre comme eux ont appris. (Il faut savoir qu’ils ont tout de même signé la feuille qui présentait la situation pédagogique de la classe de français de Mme Anick… Mais je ne me questionne plus, car ce sont aussi ces parents qui, lorsque leur enfant est en suspension externe, en profitent pour aller magasiner avec eux…);
  • Ah, eh puis, les élèves n’ont pas accès à Youtube à l’école. (C’est une question de bande passante que je peux comprendre. J’ai fait la demande d’ajout de droits d’accès au profil des 11 élèves qui n’ont pas Internet à la maison. La demande est toujours en attente sur un bureau quelque part. Sans doute une question de ne pas créer de précédents… En attendant, je fais des récupérations supplémentaires de visionnement, je dépose les vidéos qui ne sont pas trop lourdes sur le lecteur « communélèves » de ma commission scolaire, j’invente des solutions et, surtout, je respire profondément!)

Bon, voilà le topo! Pourquoi m’entêter, dans ces circonstances, à verser du côté de la classe inversée?

Parce que j’y crois! Parce qu’il y a déjà des retombées pour les élèves qui ont déjà une facilité à progresser dans le système scolaire. Parce que certains parents travaillent avec leur enfant à la maison (honnêté : pour l’instant, on ne parle que de deux cas isolés connus… ils existent ces cas!). Parce que, si l’élève en difficulté finit par se mobiliser, il y trouvera son compte, c’est indéniable. Parce qu’un changement de manière de faire ça ne se fait pas « sur un dix cennes », je persévère!

Techniquement parlant, c’est encore à peaufiner! J’ai exploré JING, CAMstudio, l’enregistreur des produits SMART (mais je n’ai pas de TNI), la webcam et Windows Live Movie Maker. Je me suis imposé des limites de temps, car le perfectionnisme peut rapidement rendre cette façon de faire énergivore et occasionner des pertes de temps monumentales qui affecteraient l’équilibre mental en diminuant les temps d’arrêt nécessaires à tout être humain! Je ne suis pas encore satisfaite de la qualité des vidéos. Du son surtout. J’envisage l’achat d’une tablette Bamboo connect pour faciliter ma vie sans TNI (disons-le, écrire avec une souris ou un pavé tactile, c’est un art de dextérité qui n’est pas évident à maîtriser! Les élèves rient de ma langue qui se pointe lorsque je tente la manoeuvre!) et d’un micro-casque pour améliorer la qualité sonore.  Je pense que j’irai magasiner et que je m’offrirai ces outils moi-même! J’ai envie de continuer à avancer!

À suivre…