#pedactive

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L’école, c’est le lieu d’apprentissage qu’on s’est offert. Elle est un incubateur de changement. « Nous touchons l’avenir: nous enseignons! »  Au travers ces entraves à destruction massive semées çà et là dans ces lieux où on cultive demain, au travers ce quotidien qui court, au travers toutes ces additions de diverses tâches, il fait bon se replonger au coeur de ce à quoi on a choisi de prendre part: l’apprentissage, quelque pédagogue que nous soyons. 
Souhaitons que tous, et surtout nos élus, reconnaissent un jour l’essence de l’éducation: « un immense investissement dans la jeunesse actuelle dans le but d’assurer le futur d’une société entière. »
Le Manifeste pour une pédagogie renouvelée,  active et contemporaine est un fruit printanier,  une manifestation par la réflexion.
À partager!

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De riches rencontres

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Chaque fois que je jette un oeil sur Twitter et que je m’attarde un tant soit peu à ce qu’on y partage, j’apprends. Et je dois dire qu’apprendre, c’est nourrissant! Je suis gourmande faut croire! Bref, aujourd’hui, j’ai fait la rencontre d’un collègue pédagogue passionné auquel j’étais pourtant abonnée sur ce média social depuis quelque temps déjà,  mais avec qui je n’avais pas eu l’occasion d’avoir un temps. Sur son blog, il a partagé un billet de Normand Baillargeon (@nb58), Apprenez-leur à prendre des notes. J’ai suivi sa suggestion. Mercredi dernier, j’étais en rencontre avec des collègues et on parlait justement de prises de notes. Hasard? Coïncidence? Est-ce obligé de porter un nom?
En suivant les liens hypertextes comme des cailloux qui permettent de retrouver un chemin, j’ai visité son site web. Sur Twitter, il porte le nom de @Yvesmo, sur son site, on le retrouve en tant qu’Yves Morin. Mais « Qu’est – ce qu’un nom? » Yves Morin est un pédagogue qui réfléchit sa pédagogie, qui partage sa vision et qui inspire.

Au retour de #clair2015, où réflexions, partages et inspirations ont peuplé le quotidien, l’insipide film du dimanche après-midi entraine une fringale cognitive. Tablette, confort, Twitter et rencontre! Sur son site de classe Pedago@web, Yves Morin s’est prêté à l’exercice de se définir comme pédagogue.  Exercice fort intéressant. Se déposer en tant que professionnel de l’apprentissage, tracer les contours de notre voie actuelle, faire connaitre à nos élèves leur guide et les conseils pour une expédition vers apprentissageland…nourrissante.

1. Définir l’apprentissage
« Connaître ne suffit pas. Il faut savoir l’appliquer. La volonté ne suffit pas. Il faut savoir agir. Rien ne s’enseigne que l’étudiant ne désire apprendre, rien ne s’apprend qui ne requiert son engagement actif. » – @YvesMo

2. Définir sa mission au quotidien
Que cherche-t-on, chaque jour à accomplir en tant que pédagogues? Quels sont nos idéaux d’enseignants? Pourquoi sommes-nous là où nous sommes tous les jours?

3. Identifier les incontournables pour réussir
De quelles ressources l’élève a-t-il absolument besoin pour pouvoir réussir? Quels sont les obstacles possibles? Les solutions envisageables? Un élève qui n’aurait pas conscience d’avoir quelque part en dedans de lui l’une ou l’autre de ces ressources est-il condamné à ne pas réussir mon cours ou existe -t-il des moyens pour lui apprendre à accéder à ces ressources   Apprendre à apprendre et toujours, nous aussi apprendre pour nous rappeler ce que ça exige.

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Dans la peau d’un élève pendant deux jours, article qui fait réfléchir.

4. Définir sa pratique pédagogique, ses assises
Connaitre sa pédagogie, faire les choses consciemment et consciencieusement en étant alerte aux indicateurs de réussites et d’erreurs.
On voit d’ailleurs souvent erreurs au pluriel,  mais réussite, plus souvent au singulier lorsqu’il s’agit de LA réussite,  la vraie. Les autres, ce sont des réussites,  souvent accompagnées de l’adjectif « petites ». Quelle est donc cette Réussite avec un grand R? Quelles petites victoires sont essentielles (essentielles) pour l’atteindre?  Quelle voie choisissons-nous d’emprunter pour guider chacun des êtres humains, curieux par nature, paresseux par nature et intelligents par nature, que nous accompagnons chaque jour?
Quelles pratiques pédagogiques priorisons-nous?

5. Reconnaitre les caractéristiques de sa vie d’enseignant (e)
Comme enseignants ou acteurs de la grande famille des passionnés de l’apprentissage, quelles sont nos caractéristiques humaines? Qu’est-ce qui nous est primordial, nous est intolérable, nos qualités, notre vision (conférence de Normand Vaillancourt, @marc_aurele, à #Clair2015)?

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai des réflexions à alimenter! J’ai de plus en plus de pistes, d’indices, de début de réponses, j’apprends à devenir la pédagogue que j’ai envie d’être,  et ce, chaque jour, +1, grâce à toutes ces belles rencontres virtuelles, papier, 3D, réelles, etc. Parfois, la fiction devient réalité! On rencontre notre communauté virtuelle à #clair2015, elle s’élargit de réel. On rencontre aussi une réalité qui semble irréelle… l’atmosphère qui règne au CAHM est pourtant bien réelle. Des élèves m’ont effectivement parlé de drones, m’ont fait essayer le casque Oculus de réalité virtuelle (qu’ils rendront fonctionnel dans un environnement créé de toutes pièces dans Minecraft par les élèves et qui représentera, à l’échelle 1:1, leur Centre d’apprentissage du Haut-Madawaska), m’ont transformée en musicienne de plantes (eh oui, j’ai fait rugir une plante, tinter une autre, et je ne vous parle pas du piano-bananes!), m’ont impressionnée,  au micro de la radio, à animer l’émission du jour avec une aisance déconcertante, et ce, malgré que près de 300 adultes d’un peu partout en Ontario, au NB, au Québec s’arrêtaient pour les observer créer leur émission de radio…

J’ai été emportée par un déferlement d’informations lors de la session Ignite Pecha Kutcha. 20 diapos, 20 secondes chacune, un thème,  l’engagement, et des invités experts, bref, tout un plan de match! Et ça y est allé aux toasts! Ouf!!!! Wow!! À réécouter!

@LiseGaluga a noyé mes yeux en humanisant la technologie. Ce thème de l’humanisme au coeur du numérique, j’aurai l’occasion d’en reparler avec des collègues virtuels qui deviendront réels lors du REFER (#referedu) des 19 et 20 mars prochains. J’aurai l’honneur d’y co-animer, avec Richard Cliche, le usppp lors de la conférence de Denis Simard. Ce sera toute une expérience!  Merci pour votre confiance, REFER!

Enfin, j’aurais mille choses à écrire encore sur ce #Clair2015. Mille, ce n’est pas une hyperbole, c’est vraiment une approximation! Je suis privilégiée d’avoir pu vivre tout ce que j’ai vécu depuis jeudi dernier sur les plans pédagogique, humain, amical et réflexif. Une ébullition littéralement!  Bienvenue dans le monde augmenté: impacts et enjeux des technologies (@martinlessard). Que vais-je faire demain avec tout ça? Car il y a un lendemain. Demain existe.

Et je reviens à ma rencontre de cet après-midi : @YvesMo et ses 5 axes de réflexion. Ça me donne des outils pour retrouver mon équilibre de pédagogue. Après avoir été ébranlée par de nouveaux questionnements et faits saisissants d’avancées technopédagogiques, je pourrais choisir de faire fi de ces nouvelles données et revenir dans une zone de confort et me dire : »plus tard, ce n’est pas le temps! » Ou encore: « c’est impossible, moi, je ne peux rien changer, les conditions m’en empêchent… » Mais je le vois bien qu’on peut repenser l’apprentissage (@marioch).
Je dormirai sur le « comment? », comment continuer à prendre part au changement qui fait si peur et à en faciliter le déroulement? Demain, je continuerai à suivre les cailloux d’un chemin que je me trace grâce à vous, rencontres pédagogiques inspirantes de passion!

Apprentissage ou rentabilité, là est la question…

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Les recherches montrent que la diminution du nombre d’élèves influence peu l’apprentissage.
Ce n’est pas un facteur très influent, soit. Il l’est tout de même plus que le redoublement…
A-t-on démontré qu’en ajouter ne diminuait pas les chances d’accéder au processus d’apprentissage de chacun? Pas que je sache.
C’est cet accès qui est garant du plus grand impact sur l’apprentissage, coeur de l’éducation.
Nous le savons. Nous le comprenons. Ce souci s’est déjà nommé « différenciation ». Il a été galvaudé comme ses semblables « pédagogie par projet » et « élève actif au coeur de son apprentissage ». Ce sont des indicateurs que, sur le terrain, il y a des obstacles à l’atteinte de notre objectif social qu’est l’apprentissage. Quels sont ces obstacles?

Malgré la vocation, on entend « je n’ai pas le temps », « avec les groupes que j’ai… »
Malgré la passion, on voit du découragement,  du désengagement, de la colère, de la fatigue.
Dans le rapport de l’OCDE, Comment apprend-on?, on lit que la motivation et les émotions sont les deux piliers de l’apprentissage.
Pour qu’il y ait motivation, Viau, Bouffard, Bandura et Boeakarts s’entendent, il faut qu’il y ait croyance en la valeur de ce que l’on doit faire, à nos yeux, mais aussi aux yeux des autres puisque les commentaires de nos proches influencent nos croyances motivationnelles tout comme la comparaison sociale et les expériences antérieures.em
Porteur de tout ce bagage, on développe un sentiment d’efficacité en certaines circonstances.

Ce SEP de Bandura diminue lorsque la situation que l’on vit nous place dans un état où notre sens du contrôle est limité, où notre personnalité est menacée par le jugement des autres à l’égard de qui nous sommes comme professionnels, indiscociables de qui nous sommes comme êtres humains, où l’imprévisible et la nouveauté s’abattent pour amplifier le déséquilibre. (SPIN ton stress de Sonia Lupien)
Dans ces circonstances où on se sent impuissant, sans ressources devant l’ampleur d’une tâche, la motivation diminue. À quoi bon essayer si c’est pour échouer?

Nous savons ce qui doit être fait en education: centrer toutes nos énergies sur « le Comment apprend-on? », devenir des enseignants chercheurs des meilleurs moyens pour accompagner l’apprentissage +1 de chaque élève,  chaque jour.

Avant de prendre une décision quant au nombre d’élèves que devrait compter un groupe d’apprenants, demandons-nous si cette décision soutiendra l’apprentissage, laissera aux enseignants du temps pour se rencontrer pour parler pédagogie et apprentissage plutôt que cas comportementaux d’élèves qui, dépassés et constamment confrontés à l’échec scolaire (donc social), perturbent et traitent avec colère cette école qui n’a pas le temps de l’accompagner, lui, dans SA difficulté. Son voisin non plus. D’ailleurs, ils se sont associés pour fuir le travail.  Par paresse? Parce qu’ils n’aiment pas l’école? Ou parce que peu importe leurs efforts , ils n’y parviennent pas et, puisque, ils le savent, la réussite scolaire est reconnue par tout le monde comme primodiale, un travail non réussi de plus ne saurait que leur renvoyer au visage l’image honteuse de l’échec. Ils ne sont pas à la hauteur… socialement…concluent-il. Et leur SEP à eux? Et leur engagement… et leurs émotions?  Avant de pouvoir aspirer à voir naître dans le coin de l’oeil de ces élèves le plaisir de la curiosité satisfaite par un apprentissage ou la fierté de l’accomplissement et du dépassement, il faudra que l’enseignant ait pu l’accompagner dans son +1 quotidien qui, dans son cas, ressemble plus à désancrer une croyance démotivationnelle plutôt qu’à parvenir à définir son profil de lecteur ou à s’exercer pour maîtriser la correction de ses participes passés en vue de sa prochaine PE. D’ailleurs, il n’aime plus lire. Ni écrire.

Est-ce en ajoutant à la liste des noms d’un groupe celui de Jérôme qu’on saura le guider vers l’apprentissage? Et Tom qui a besoin de soutien émotif?  Et Doryanne qui voudrait bien tenir une main pour pouvoir se sécuriser devant les obstacles qu’elle rencontre en voulant tranquillement réapprendre à apprendre? Et Samuel qui cache sa tristesse derrière une colère impulsive chaque fois que Gabriel, qui rêve d’être à l’extérieur en train de couper des branches d’arbres avec son père émondeur, le nargue? Et Josianne qui, portant lourdement le poids de sa dyslexie dans le cadre scolaire, aimerait ne pas être laissée derrière son ordinateur, car il l’aide mais ne saura jamais lui donner ce sentiment d’appartenance à un groupe? Et les 26 autres de ce groupe? Et les 62 autres de mes deux autres groupes que je vois après mon heure de dîner pendant laquelle je devrai appeler les parents de certains de mes poussins pour leur parler appentissage pensez-vous? Non, pour leur parler comportement, car l’appentissage, on n’a ni le temps, ni l’argent pour en parler!

Ce n’est pas le nombre d’élèves dans un groupe qui détermine la qualité de l’appentissage de chacun, ce sont les actions pédagogiques qu’on pose. Certes! Actions pédagogiques qui, rappelons le, doivent être adaptées à chacun… Parmi ces actions: la planification de la séquence d’apprentissage dont le point de départ diffère pour chacun des élèves, lors de laquelle des obstacles sont à prévoir pour quelques moussaillons, au coeur de laquelle des évaluations qu’on a pris le temps de réfléchir pour qu’elles permettent de faire une prise de données révélatrice de la progression de chacun vers l’apprentissage visé s’ajoutent. Si Tom ne suit pas, il me faut pouvoir prendre le temps, avec lui, d’identifier où se trouve l’obstacle dans son processus d’apprentissage. Parfois, je me sentirai impuissante. J’aurai besoin de formation continue (lecture, groupes d’échanges professionnels, etc.) ou de temps pour bénéficier des lumières de mes collègues  (CAP, méthode Porter, etc.).

Mais, je me souviens, le temps, c’est de l’argent et nous n’avons ni l’un ni l’autre alors… mon SEP? Mon engagement? Ma motivation?

Eh puis, tiens, ajoutons-en des élèves. Pour l’instant, j’ai bien compris, ce n’est pas l’apprentissage qui compte. Et on ne peut pas tous les sauver, c’est ça?
Ces lieux communs rassurent, non?
Un jour, en éducation,  on parlera d’apprentissage. Pour l’instant, parlons rentabilité…

Quand on aura le temps, dans le cabinet du ministre Dr Bolduc, spécialiste des cordons de la bourse de l’apprentissage, entre deux coupures culturelles et deux massacres sociaux, on lira les rapports d’enquête de l’OCDE, on lira Baillargeon et Hattie, Barth, Viau, Tardif, Archambault, Meirieu, Willingham et tous les autres. Eux parlent d’apprentissage. Ils envisagent l’éducation à partir de la classe lieu sacré de rien d’autre que de l’apprentissage.

En attendant Godot, je regarde le spectacle inspirant de ces directeurs qui, malgré les temps de vache maigre et les obligations de rentabilité en % de réussite, choisissent d’acheter du temps pour que leur équipe agisse en CAP; le spectacle, aussi, de ces enseignants qui continuent, malgré une impression marquée qu’on ne reconnait pas socialement leur travail, à explorer les divers chemins vers Apprentissage Land.

Parce que, simplement, on y croit.
Et vous?

« Chaque jour : +1 »

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Chacune des brindilles de gazon porte maintenant son manteau blanc. L’hiver s’est installé. Lorsqu’on respire à l’extérieur, l’air qui entre glace nos paroies nasales et celui qui sort nous plonge dans un nuage de fumée. C’est un signe hivernal! Et sur cette neige, des paillettes pétillantes de soleil. Décor propice à la réflexion!

Nous avons tous vu défiler sur les médias sociaux les messages illustrés à la morale qui fait du bien. « Here, it’s where magic happens », vous l’avez vu? Voyez-vous ce cercle défini en périphérie éloignée duquel un point se tient fier sous cette phrase de moins de dix mots qui secouent? Non? La voilà!

 

 

Eh bien, chaque fois, en effet, que je me suis aventurée vers ce point, quelque chose de magique est né. Or, ce n’est pas du tout survenu de la manière que j’escomptais. C’est pour ça que je ne la voyais pas s’opérer, cette magie. Et le doute s’installait, et je revenais en lieu sûr, là où la certitude apaise. Chaque soir pourtant, je regarde au loin ce point-citation comme une étoile, mais la dernière fois que je l’ai approché, mes attentes ont été déçues. Déception, doute, désengagement. Mais sécurité. Peut-être le mystère de la foi est-il grand, mais celui de la peur l’est mille fois plus. Ventre noué, quinte de larmes, insomnie, stress, fatigue, sentiment d’inachevé, je construis le champ lexical de la peur.

« Chaque jour, +1 », aurait dit en français John Hattie, s’il eut parlé cette langue. Depuis que j’ai choisi l’enseignement, depuis que j’ai choisi l’apprentissage, chaque jour, j’ai fait +1. Chaque jour. Je ne me souviens que d’un petit nombre d’entre eux. Parfois, c’est en me remémorant hier que je parviens à les voir. Mais hier, je ne le voyais pas, j’avais l’impression d’avoir reculé. Hier avait fait naitre découragement, doute et déception. Par chance, aujourd’hui est toujours là et demain existe encore!

+1  grâce à ces enseignants passionnés et inspirants qui m’ont fait gouter à une école savoureuse.

+1 grâce à mes collègues de classe avec qui j’ai appris lors de nos soirées d’études. Ce que nous avons appris en questionnant la pertinence de certains travaux, de certaines notions! On apprenait à réfléchir, à tenter de trouver un sens! Seule, ça tourbillonnait! Parfois, c’était bon de pouvoir normaliser, partager, développer avec des pairs, amis, partenaires dans l’apprentissage!

+1 grâce à la curiosité.

+1 grâce à ces quatre enseignants qui m’ont accueillie comme stagiaire. Je ne pense pas qu’on octroie assez d’importance à ces rencontres professionnelles… Les stages sont, en fait, un accès privilégié et généreux à la réalité scolaire guidé par un expert du quotidien de la classe. Il n’y a rien de plus vrai que ce qui se passe dans une classe pour apprendre l’enseignement et voir s’opérer la dynamique de l’apprentissage.

+1 grâce à ces @ et # qui se sont mis à défiler sur un fil d’actualité qui me nourrit de ce que j’ai demandé. Twitter et les groupes Facebook permettent même un +1 à la seconde! Cela peut mener à une saturation. À consommer avec modération! Posologie : +1 au besoin.

+1 grâce aux défis que mes élèves m’ont lancés, chaque jour en ne comprenant pas, en disant que c’était impossible, que ça n’avait pas rapport, … Chaque fois, ils m’ont amenée à mieux comprendre les processus d’apprentissage, l’importance des deux piliers que sont les émotions et les sentiments. Ce n’est pas survenu sans ces phases de déception, de doute et de désengagement pourtant, mais aujourd’hui, je vois tous les +1.

+1 grâce aux défis professionnels qu’on m’offre de relever. Vivre l’enseignement-apprentissage en ayant le privilège de pouvoir regarder la situation d’un autre angle, c’est inestimable! Chacune des composantes organisationnelles de l’enseignement-apprentissage compte, joue un rôle, influence, a un impact sur l’apprentissage, cœur de l’éducation. Chaque +1 professionnel se constate entre moult instants de déception et de doute momentanés.

+1 grâce à mes collègues dont l’expertise, différente de la mienne, est complémentaire et nourrissante. Il m’arrive de m’imaginer ce qu’une chaine d’addition de notre expertise à chacun pourrait donner comme résultat. Le total serait pétillant! Les CAP (communautés d’apprentissage professionnel) sont le moteur d’un travail où l’expertise de chacun fait tourner le moteur. Je me retrouve, apprenante perpétuelle, à construire le sens avec mes collègues, à questionner, à réfléchir, à expérimenter, à partager.

+1 grâce aux résultats de recherche en éducation. J’aime découvrir cette séquence d’analyse, ce cercle perpétuel de l’apprentissage.

ASirard

 

On n’a pas toujours la solution au moment où on croise un obstacle. Chaque fois, on a deux choix : « aller vers » ou « éviter de ». En « allant vers », on choisit de persévérer, de croire qu’il y a un moyen, ne serait-ce que de changer de chemin, d’accepter l’expertise des autres en la matière pour franchir cet obstacle qu’on peut considérer comme insurmontable à prime abord. « Aller vers » ne signifie pas que la peur n’est pas là… En « évitant de », on refuse d’accepter qu’on a d’autres possibilités, on décrit l’embuche, on est déçu, on doute, on se désengage.

Ce matin, en regardant les cristaux sur la neige, j’ai fait rouler la roue…

Les chercheurs font une prise de données, l’interprètent, choisissent une piste, l’explorent puis refont une prise de données et ainsi de suite jusqu’à l’atteinte de l’objectif qu’ils se sont fixé. Là, peut-être qu’un autre sera fixé. Les objectifs sont faits pour être atteints sans quoi le sentiment d’accomplissement ne vient jamais! Comment saurais-je que je réussis? Est-ce que cela ne se calcule qu’en pourcentage, en argent, en matériel ou en nombre d’amis? La réussite n’est-elle que sociale? La réussite, c’est de pouvoir se dire qu’on a fait, chaque jour, +1. Et ce +1, il dépend du point de départ de chacun. +1 ajouté à une équation demeurera toujours +1, il aura la même valeur.

Et la roue tourne.

Point de départ : la solitude de Jérémy.

Prise de données : faits de vécu, constats d’attitude, émotions nommées

Interprétation : fausse croyance (les faits prouvent que la croyance est fausse, mais bien ancrée) née d’émotions perçues comme vraies

Choix d’objectif : rendre visibles les occupations sociales du quotidien pour que soient aussi visibles les pleins, pas que le vide, impression de la solitude.

Choix de l’intervention et expérimentation : au quotidien, un calendrier est rempli et un bonhomme attitude est dessiné pour illustrer l’état émotif.

Prise de données : combien de jour l’émotion positive était au rendez-vous? Qu’est-ce que ces jours avaient de particulier? Quel contrôle as-tu eu sur ce qui se passait ces mêmes journées? Es-tu surpris du nombre de jours où tu ne te sentais pas seul? Qu’est-ce que cela te dit?

Interprétations : …

Choix d’objectif :…

Choix d’intervention et expérimentation :…

Prise de données : …

 

Peu importe le point de départ.

Professionnel, relationnel, monétaire, caractériel, émotionnel, etcaetérel.

 

* L’idée du +1 provient de Visible learning for teachers de Hattie, 2012.

Le serrurier

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J’ai oublié les clés.

Ça m’arrive toujours d’oublier des trucs comme ça.

On dirait qu’il y a mille et un trucs de trop qui tourbillonnent et qui emportent des idées faciles comme « N’oublie pas de laisser les clés dans la boîte aux lettres. »

J’ai évidemment oublié les clés.

 

Première journée de pluie des vacances. Journée à rester couché. Je me lève. S’il faut que l’obligation s’impose, autant la rendre agréable à accomplir.

Je passe à la commande à l’auto.

Ce qui me ferait plaisir : un burritos avec un grand café.

Mea Culpa, je me tanne de manger des toasts sans sel, sans gras, sans sucre avec du beurre d’arachide « 25% moins de sel, 25% moins de gras ».

Eh puis, rien ne sert de me coiffer, l’humidité qui règne aurait raison de tout le travail.

Journée à rester couché.

Si au moins, je n’avais pas oublié ces foutues clés…

 

« Bonjour, mon nom est Émilie, puis-je prendre votre commande? Mais avant, sachez que les paiements Interac et crédit sont impossibles en ce moment. » Bris.

Résultat : l’élément sensé égayer ce matin maussade où ça me purge d’avoir à polluer et à gaspiller parce que j’ai oublié de remplir ma mission clés disparait en fumée.

Soupir. Exaspération.

 

Je ne suis tout de même pas pour me recueillir devant le guichet de commande à l’auto en retenant mes larmes de désespoir. Non, on se met en action.

Musique? Non. Silence. En route.

Et ce mec, pourquoi il ne réécrit pas? Et cette saga avec le contracteur, pourquoi ça nous arrive? À nous? Et cet été qui file, et cette fatigue qui perdure? Le gars qui à fait alterner ses lumières sur sa voiture derrière, que voulait-il dire finalement? Est-ce que c’est cette semaine la paye? Reste-t-il du papier de toilette? Et du dentifrice? Je ne me souviens plus. Et si on passait faire un tour au magasin question de rentabiliser cet aller-retour? Et pourquoi il ne réécrit pas? Papa, veux-tu ben me tricoter un beau passage dans ma vie, car visiblement, je n’y arrive pas toute seule. Pourquoi ça n’a encore une fois pas fonctionné? C’est la fête d’Iris. Iris, c’est un miroir de ma vie, mais avec une autre paire d’yeux. Qu’est-ce qu’elle aimerait bien se voir offrir? J’aurais pu penser à cela avant. Maudit que je suis désorganisée! Elle l’aura en retard, c’est ma marque de commerce! Pourquoi il a fallu que le resto de mon ville-âge éprouve un pépin technique le matin où je choisis de me gâter? La limite de vitesse a-t-elle été changée coup donc? Envoye!

 

Ok. Musique!

 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi; il y a des moments où mon cerveau fait une indigestion, comme, on dirait. Où les questions s’entrechoquent, se mêlent, m’essoufflent.

 

On vous l’a surement dit souvent à vous aussi : « Le cœur à ses raisons que la raison ne connait point ». Ça m’a pris du temps pour comprendre vraiment ce que ça voulait dire ces beaux mots alignés, soldats porteurs d’une vérité virale dont on ne connait pas le vaccin.

Enfin.

J’ai mis de la musique.

 

 

J’arrive en ville bientôt. Quel est le plan de match? Clés et ensuite ravitaillement? Ou ravitaillement puis clés ensuite?

N.B. Tu n’as toujours pas pris ton café du matin…

Ça pèse lourd dans la balance. Argument massue.

Je m’arrête chez M. Le Clown.

Commande à Nadia (J’t’annonce qu’Émilie n’a pas le don d’ubiquité.)

Au moment où sur mes genoux, mon portefeuille, sur le banc d’à-côté, sacoche, clés oubliées, publisac, sandales de rechange pour un confort perpétuel peu importe l’endroit, sac à déchets qui déborde, dans ma main gauche, la machine fonctionnelle de resto de la ville et dans la droite, la tentative désespérée d’accéder au bouton « mute » de cette musique. Désorganisée.

 

Choisissez le compte   CHQ    ES

 

« Hey! »

Je me retourne.

Débarre les portes.

Appuie sur les chiffres de mon NIP.

Appuie sur le fameux « mute » enfin.

Ouvre la fenêtre.

Reprends ma carte.

Le café.

Garoche la sacoche derrière.

Les sandales.

Quelques déchets.

Prends le sac.

 

Et il est entré. S’est assis à côté de moi.

Je n’ai pas bougé. En fait, la voiture est restée immobile.

La dame du guichet m’a proposé d’avancer.

Évidemment.

 

Ça fait plus de 6 ans.

Notre Tchernobyl : nous deux.

Y a-t-il encore des radiations?

Sans doute.

 

« Tu n’es pas parti pour le lointain, toi? »

Il me sert d’abord dans ses bras. L’inconfort de la console entre les deux sièges n’a pas empêché cette accolade vibrante.

« Je pars ce matin. Là. D’ailleurs, on doit m’attendre. »

« Alors pars. Profites-en bien! »

 

Et on se ré-accolade.

Ma main dans son cou, ses cheveux, presque.

Ses deux mains dans mon dos et un long baiser dans mon cou.

 

Et il repart.

« Avancez madame !»

Le service est vraiment rapide ici.

Et je cligne des yeux.

 

Ma voiture est en désordre, plus encore qu’elle ne l’était, et je ne m’y retrouve plus.

Où sont les clés?

 

Je reçois un texto sur le cellulaire que j’entends, mais que je ne vois plus.

Pas d’accident surtout. Ils le disent tous à la télé : ça tue texter au volant.

Iris – « As-tu mes clés? »

 

Mais bon sang, je suis étourdie.

 

Qu’est-ce qu’il faisait là, celui-là, à ce moment-là?

Il m’a dit : « Tu m’as reconnu!? »

« C’est certain, tu n’as pas changé. »

 

Comment aurais-je, de toute façon, pu oublier.

 

Et j’ai remis les clés à Iris.

 

Et la première gorgée, je l’ai prise froide.

 

 

 

17 juillet 2012

5 octobre 2014: journée mondiale des enseignants

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Bonne journée, collègues qui, chaque jour, en classe, oeuvrez autour du mystère et de la beauté de l’apprentissage!  Vous avez, après la famille, la plus grande influence auprès des jeunes! C’est un honneur de travailler avec vous pour constamment mieux comprendre les rouages de l’apprentissage et les possibilités de choix d’enseignement. Enseigner est un art dont l’oeuvre est l’apprentissage! Vous méritez bien une journée MONDIALE!

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J’ai vu passer une étoile filante…

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Je n’ai pas écrit de l’été. J’ai préféré lire les mots des autres, emprunter leurs yeux pour voir le monde et les laisser m’aider à continuer mon tricot de repères.
Je n’ai pas écrit de l’été.  J’ai eu envie de gouter mon été en en vivant l’histoire.  Et quelle histoire!
Maintenant, il me plairait bien de juste partager avec vous des parcelles de ce au travers quoi mes idées ont voyagé sous le soleil brulant, bien callée dans mon divan, avec des copains qui rendent la vie pétillante, entre les pages de Bauermeister et Hattie, en compagnie de jeunes avides d’apprendre comment ils apprennent et dans une voiture.

C’est le retour au boulot bientôt.  L’été, on se l’est bien tricoté, on s’apprête maintenant à se tricoter une année le plus à notre gout possible. C’est beau l’enseignement et l’apprentissage, mais c’est aussi bien déroutant certaines fois…

Déséquilibres et rencontres

Lire Hattie, Meirieu, Barth, Bruner, Willingham ou Baillargeon, c’est choisir de vivre des lectures confrontantes qui m’ont poussée à ralentir ma cadence de lectrice experte pour prendre le temps de vraiment créer le sens.

C’est poser un regard sur ma qualité d’enseignante, c’est vivre l’état de déséquilibre quand mes repères changent de place.

C’est aussi, et surtout, tenter d’ancrer ces nouvelles idées acceptées dans un quotidien qu’on se répète être exigeant.

Tout ce noir sur papier blanc bouillonne et trace de larges bandes et de délicates notes colorées dans notre réseau des concepts et le schème se précise.

Lorsqu’on fait une belle rencontre, on a envie de la revivre encore et encore en la racontant à ceux qui nous entourent avec les couleurs qu’on y a vues. Or, on se rend vite compte que les mots que l’on tente de choisir pour dépeindre oralement la toile éclatante qui s’est dessinée dans notre cortex à partir des noirs caractères ne réussissent pas à recréer l’éclat… Le partage que l’on espère ne survient pas toujours.

Parfois, l’envie d’entendre cette histoire n’est tout simplement pas au rendez-vous. Parfois, au contraire, c’est le bon moment et les questionnements intéressés et lucides ébranlent la compréhension initiale, obligent à retrouver un nouvel équilibre, à ajouter de nouvelles couleurs. C’est fort des discussions entre professionnels passionnés!

Passion

Et des passionnés, nous en sommes tous. Choisir l’enseignement, c’est un choix de cœur. On pourrait penser que notre cœur est à notre matière. Certes, il l’est, mais il est aussi et surtout à l’apprentissage sinon, on aurait choisi d’étudier en littérature exclusivement, non pas en enseignement du français au secondaire. Notre passion, c’est l’apprentissage, c’est prendre part à la progression de chaque élève. C’est voir l’étincelle de compréhension. C’est avoir le pouvoir de choisir parmi toutes nos ressources celles qui, nous le savons quelque part en nous (l’intuition?), sauront avoir la plus grande incidence sur l’apprentissage de nos élèves. Tous.

La passion pourrait bien être la seule ressource naturelle renouvelable.

                                                                                                                   – Doug Reeves

C’est d’ailleurs cette passion qui m’a amenée certaines fois à rager ou à me sentir impuissante devant les obstacles rencontrés par certains élèves. « Tu ne peux pas tous les sauver », disait-on. Et ça veut dire quoi « sauver un élève »? Ne sera-t-il « sauvé » que lorsqu’il aura atteint le standardisé 60%? Peut-on le considérer « sauvé » s’il parvient à croire enfin qu’il peut lui aussi apprendre? Est-il convenablement « sauvé » s’il développe sa méthode gagnante, s’il identifie ses difficultés et accepte de les surmonter une à une, pas toutes à la fois? Car on peut tous apprendre, peu importe notre âge. « La plasticité du cerveau », affirment les neuroscientifiques. Cela dit, on a parfois l’impression de ne pas toujours avoir les outils pour tous les aider comme on se demande de le faire puisque poussés par la passion que l’on a pour l’apprentissage. « Pour chaque élève, chaque jour, +1 à partir de son point de départ à lui », voilà l’exigence qu’Hattie nous propose d’avoir.

L’apprentissage de l’abstraction. Des lieux communs aux concepts clés.

Visible learning for teachers. Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école?

Légendes pédagogiques. L’école des saveurs.

Les grandes lignes de Visible learning for teachers

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Ces ouvrages mettent des mots sur ces zones marécageuses que le quotidien déjà bien rempli ne nous permet pas toujours d’aller explorer. Ils ébranlent. Dès lors qu’on a nommé l’inconnu, il existe et ne peut être ignoré. On sait qu’on gagnerait à changer certaines pratiques, mais comment? 

Il faut que je refasse tout. Il faut que je travaille jour et nuit. Il faut…

Oui, mais je n’ai pas le temps. Oui, mais ça fonctionnait avant. Oui, mais on n’a pas les ressources. Oui, mais…

Changements de points de repère. Réaction normale, humaine, lucide. L’identification des obstacles est une force. « En sachant ce que nous ne savons pas, on peut apprendre », soulève John Hattie.

Et en sachant qu’on fait partie d’une équipe, on peut aller au-delà de bien des obstacles.

La ligne directrice: une compréhension commune de la progression et du programme

Le coeur: l’apprentissage (l’enseignement est au service de l’apprentissage)

Le moteur: l’erreur, la passion et le feedback

Le cadre: la croyance en la capacité de tous d’apprendre et le climat sécuritaire où l’erreur est identifiée comme un moteur

La formule (et non la recette…): connaitre le bagage des élèves, rendre publiques les intentions d’apprentissage et les critères de succès (comment verra-t-on qu’on a réussi?) avant de s’engager, savoir qu’il y aura diverses routes qui y mèneront (à chaque obstacle/erreur, une nouvelle route se tracera) et préciser ce qui viendra après.

La tactique: bénéficier de la force de l’équipe de professionnels pour régulièrement évaluer, par le biais de la critique partagée, l’impact de nos choix sur l’apprentissage des élèves.

La clé: impliquer l’élève dans la connaissance de sa progression, de son cheminement en l’amenant à avoir une vision de plus en plus juste de sa réussite (self-report grades, 1.44 – John Hattie, Visible learning, 2009). Il choisira de plus en plus les stratégies qui sont gagnantes pour lui, il pourra dire avec de plus en plus de justesse le résultat qu’il peut parvenir à obtenir au regard du succès dépeint dès le départ par l’enseignant, etc.

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L’enseignant est l’acteur principal, par sa passion et son pouvoir d’influence

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Le mot ne permet pas de savoir ce qu’il est…

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 Le mot « phrase’ » ne permet pas de savoir ce qu’est une phrase.

Ce sont les paroles de Britt-Mari Barth.

Un soir de mars (un jeudi soir, je m’en rappelle, j’ai choisi la visioconférence au détriment de mon cours de taï chi), je suis restée au bureau jusqu’à 22 h 38 avec une collègue parce qu’on avait envie de cette rencontre avec cette grande dame de la réflexion. L’apprentissage de l’abstraction, c’est le livre que je pourchassais dernièrement. Introuvable. Des bribes très intéressantes çà et là, mais pas d’accès à l’ouvrage complet. Sentiment d’incomplet. Alors, ce jeudi soir de mars, lors de la première édition du REFER, grâce à la visioconférence, j’ai rejoint des collègues de partout dans le… monde et j’ai rencontré les mots et les idées de Mme Barth.

Le mot « carburateur » ne permet pas de savoir ce qu’est un carburateur.

Vous réfléchissez à l’hyperbole potentielle, au ton humoristique de l’emploi du mot « monde »? Hésitants? Il était utilisé au sens propre. J’avais écrit « Québec », mais ça aurait été faux. Ewan McIntosh vient de l’Écosse, Roberto Gauvin, du N-B, il y en a même du Lac-St-Jean, et de Montréal! Et derrière l’écran, comme Julie et moi (sans doute pas le soir) des gens de la France, de l’Inde, de la Bulgarie, de la Mauritanie, de la Suisse, de l’Alberta étaient là aussi. Et on se rejoignait pour ajouter à l’image les échanges que nous n’avions pas puisque nous n’y étions pas physiquement. On reproduisait le principe de la discussion sur Twitter.

Pas du tout le même type d’échanges! Riches tout de même, différemment riches. Riches aussi parce que ceux qui sont sur place nous permettent d’avoir accès à ce qui s’y passe en nous partageant leurs rencontres, le fruit de leurs échanges, les phrases grandioses, les photos des instants, souvent, on photographie des notes prises ou des graphiques élaborés, etc.

Le mot « réflexion » ne permet pas de savoir ce que c’est que réfléchir.

Comment enseigner la réflexion? la compréhension? la coopération?

Ouf! Pas si simple… Et on s’attend souvent à ce que nos élèves soient aptes à le faire « en criant bine », comme dirait une amie. Et on soupire. Souvent! « Ils ne comprennent pas! », « Ils ne sont pas capables de travailler en équipe. »

La vie se tricote bien…

Une collègue m’a écrit cette semaine. « Comment peut-on faire pour que les élèves réussissent à travailler en équipe? »

Quel beau questionnement! Wow! J’ai réfléchi. Je sais de plus en plus comment. J’apprends l’abstraction!

Pour apprendre ce qu’est le concept du travail d’équipe, je les amènerais à y réfléchir et à l’expérimenter pour l’apprivoiser…

Pour guider leur réflexion, j’utiliserais d’abord des exemples extérieurs à la classe comme ces vidéos :

Pub très comiques

Résultat d’un travail d’équipe monumental

 

Après chaque écoute, j’opterais pour des questions-guide comme

–          Quels moyens ont-ils choisi d’utiliser pour…?

–          Comment sont-ils parvenus à….?

–          Que croyez-vous qu’ils aient fait comme préparation avant de parvenir à être capables de faire ça?

–          Quelles qualités cela demande-t-il?

–          Racontez la suite des évènements si le contexte de préparation avait été différent/si les choix n’avaient pas été les mêmes pour tous les membres des équipes/ si… Que serait-il arrivé?

–          Croyez-vous que tous avaient le même rôle? Définissez les différents rôles et leur importance.

–          Est-ce que chacun était important même si tous n’avaient pas le même rôle?

–          Etc.

 

Ensuite, je ferais l’expérience réelle en classe. Deux équipes de quatre se forment (volontaires). On leur soumet un défi (parvenir à conjuguer 6 verbes en 3 minutes après avoir eu droit à 1 minute de consultation pour élaborer un plan de match, par exemple).

Les autres élèves sont en observation de la démarche et sont appelés à la commenter à la suite de la réalisation du défi.

–          Qu’est-ce qui a été fait qui était gagnant?

–          Quelles attitudes ont favorisé la réalisation? Lesquelles vous ont semblé nuire? Justifiez votre impression en vous basant sur des faits observables.

–          Quelles autres stratégies auraient pu être gagnantes?

–          Etc.

 

Après, ils relèvent tous un défi en équipe de 4. Ils ont aussi droit à une consultation d’une minute. À la fin, la rétroaction se fait en équipe avec les mêmes questions d’évaluation que celles utilisées aux étapes précédentes.

Évidemment, répéter l’exercice avec des tâches engageantes (à ce sujet, j’ai bien envie de rencontrer Ewan McIntosh à nouveau pour saisir son Design thinkink, j’ai bien l’impression que j’ai beaucoup à apprendre encore de sa vision…) est implicite. Je ne crois pas que deux ou trois moments de travail d’équipe permettent de développer, d’expérimenter et de consolider. Est-ce toujours une tâche facile que de travailler en équipe? Même pour nous? Peut-être même qu’à un certain moment de l’année le groupe deviendra une équipe pour certaines tâches… quel plaisir!

Des questionnaires qui permettent de mettre en lumière l’existence de façons de réfléchir différentes peuvent être utilisés pour rendre plus concret le concept de différence réelle et surtout normale (IM, styles d’apprentissage, etc.) L’objectif derrière l’utilisation de ces outils doit être clair et respecté : ils ne doivent pas catégoriser, ils gagneraient à n’être utilisés que pour soulever l’existence de différentes façons de faire, de réfléchir. Ainsi, on comprendra qu’on est complémentaire et, sans doute, si Raphaël ne réussit pas à faire ce que moi j’aurais fait aujourd’hui, plutôt que de me fâcher contre lui, je me rappelle que lui fait, sans doute, quelque chose que je ne ferais pas maintenant…  Éventuellement, la plasticité de mon cerveau me le permettra et lui permettra peut-être aussi un jour, si ça répond à un besoin.

Au début, j’ai dû me demander si je savais ce que les mots « travail d’équipe » voulaient vraiment dire. Oui. Ouain… Saurais-je expliciter le chemin à suivre pour construire cet apprentissage d’une abstraction? Pffff… pas si facilement!

Il m’apparaissait donc que le concept de travail d’équipe, comme bien d’autres insoupçonnés, était un concept peu défini dans nos têtes de grandes personnes, du moins dans la mienne. On en a une représentation très large. Le chemin de la réflexion vers l’explicitation d’un concept, j’adore ce voyage! La phrase de Mme Barth s’est installée quelque part à l’orée de mon cortex, une lettre dans le limbique pour qu’un jour peut-être les abstraites raisons de mon cœur puissent être connues de ma raison. Est-ce immuable de croire que « Le cœur a ses raisons que la raison ne connait point » d’ailleurs? Les neurosciences mènent l’enquête!

J’ai aussi croisé ces capsules d’Éric Bon qui m’ont permis de consolider certains éléments de ma compréhension du concept de travail d’équipe. Je partage la 1re vidéo. Vous trouverez facilement les 2 autres!

 

Et vous, comment rendez-vous l’abstrait concret, collègues magiciens?

Si vous avez L’apprentissage de l’abstraction dans votre salon et que vous êtes ouvert à faire un prêt, faites-moi signe! 🙂

En échange, je propose Baillargeon et Demers (les autres, pour l’instant, ne sont pas disponibles, j’en fais la rencontre!)

Des livres vivants, j’adore ça. J’écris dans mes livres! Mais je sais me contenir quand ce ne sont pas les miens!

Littératie en éducation : quelques rencontres nourrissantes

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L’été dernier (parce que ça existe l’été, même si on désespère ces temps-ci…), j’ai arpenté les récoltes de Bazzo, Marissal et Barbe en tournant les pages du collectif De quoi le Québec a-t-il besoin en éducation. On y rencontre la vision de 11 personnes issues de milieux différents portant sur l’éducation au Québec un regard tantôt impressionniste, tantôt ancré dans la recherche.

Peut-on penser que les changements à apporter en éducation doivent l’être sur des bases d’impressions? Je le croyais, persuadée que les impressions nées du réel quotidien de la classe, de l’école, du milieu constituaient la seule façon valable de voir les choses…

Les justifications fondées aux propos de Normand Baillargeon m’ont donné envie de découvrir ses Légendes pédagogiques… Bien que ma lecture ait été accompagnée de dizaines de « ! » gribouillés en marge, je dois dire que la rationalité peu nuancée de ce professeur de l’UQAM a su, après avoir suscité une certaine forme de frustration, nuancer ma tendance à rejoindre ce que Philippe Meirieu appelle « les lieux communs »:

« Trop souvent emporté par ses convictions, il néglige parfois le ciselage du concept au profit du pathétique du discours. […] [Cela] est même probablement nécessaire pour alimenter le « foyer mythologique » où s’origine notre capacité d’affronter [le] quotidien. […] Aussi avons-nous besoin de paroles rituelles et de collectifs convaincus, de certitudes proclamées et de rappels vibrants de nos « valeurs fondatrices ». Car l’humain ne vit pas seulement de science. Et celui qui se coltine tous les jours des enfants excités, abîmés, ou simplement indifférents à ce qu’on est chargé de leur transmettre, ne peut se passer de quelques « lieux communs » pédagogiques […]. » (Meirieu, 2013, p.7-8)

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Baillargeon m’a ébranlée. Je dis à mes élèves que c’est dans les instants de déséquilibre qu’on fait un apprentissage qui nous permet de retrouver un équilibre, différent. J’ai déposé l’essai Légendes pédagogiques à l’endroit où il est toujours, écartelé sur la fin du chapitre 5. Je le reprendrai, mais j’ai besoin de trouver les morceaux du casse-tête réflexif pédagogique qui manquent, qui m’empêchent de lire Baillargeon avec « zenitude »!

J’ai voulu apprivoiser L’apprentissage de l’abstraction de Britt-Mari Barth, invitée au REFER 2014 et souvent citée par plusieurs de mes collègues. « Désolée Madame, la réédition de 2013 est écoulée, vous n’en trouverez nulle part », statuait la sympathique responsable du service à la clientèle d’une librairie dont il importe peu que je mentionne le nom. Je n’arrivais pas à baisser les bras, pourtant, je devais me rendre à l’évidence… non! Les « zinternet » regorgent de richesses qu’il faut, certes, passer au peigne fin de la crédibilité, mais qui peuvent s’avérer riches.

Un article de Britt-Mari Barth qui expose les propos de Jérôme Bruner. Succulent.

Puis un article de Philippe Meirieu qui expose les propos de Barth. Exquis

Alors, je découvre Meirieu, plus accessible en librairie. Des lieux communs aux concepts clé. « L’élève au centre de ses apprentissages », « la pédagogie active », « l’individualisation de la formation »… Avec un respect indéniable de la réalité enseignante, ce professeur à l’université de Lumière-Lyon 2, cherche à exposer comment sont apparus les « lieux communs », à exposer le sens et la portée de ces expressions collectivement posées comme les vérités et à débusquer les significations ainsi que les concepts qui se cachent derrière ces slogans réconfortants.

Juste à côté, sur la tablette « pédagogie et didactique » comptant dix titres différents, je croise Willingham. Ce dernier, mentionné par Baillargeon à quelques reprises (beaucoup moins que Hattie dont on voit apparaitre le nom à maintes reprises) propose un ouvrage au titre accrocheur : Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école! Je me promets donc de lire Willingham, neuroscientifique.

Et je « tourne la page, tourne la page ».

C’est complètement ahurissant toutes les recherches qui ont pu être menées en lien avec l’éducation et dont on n’entend que trop peu parler dans nos milieux, voire pas du tout. C’est nourrissant, éclairant, confrontant…

Confrontation.

Le nom de John Hattie revient encore un jour de mars alors que je rencontre Frédérique Guay lors d’une visioconférence relative à l’exposition des résultats de recherches en écriture (CASIS). En effet, son nom est mentionné à nouveau alors qu’on nomme le rang qu’occupe l’interrelation entre les élèves sur l’échelle des pratiques influentes proposée par Hattie à la suite d’une synthèse de 800 méta-analyses basées sur plus de 50 000 recherches. Il me fallait aller à la rencontre plus formelle de ce Hattie. Cette synthèse a été présentée dans Visible Learning paru en 2009. En 2012, Visible learning for teacher a été publié. Dans l’un et l’autre des ouvrages, il semble que Hattie tire deux conclusions importantes. La première soutient que les enseignants sont l’aspect central des succès d’apprentissage dans les écoles et l’autre, que les réformes scolaires devraient reposer sur ce qui se passe en classe plutôt que sur les structures.

Avec tous ces ouvrages qui s’empilent et qui, faute de temps, n’ont que quelques pages de lues, je n’allais pas ajouter Hattie à la liste… Cela dit, j’étais fort intriguée par l’échelle des 138 influences reliées aux réussites des élèves. En effet, cette nomenclature m’apparaissait s’inscrire dans la recherche de concepts-clés pour éclairer mes lanternes. J’en ai capturé une partie, le top 28, sur le site visiblelearning.com

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visiblelearning.org

À la lumière de cette escapade dans la littératie et des expériences professionnelles assemblées, il devient évident que la formation continue est plus que nécessaire. Plus les enseignants que nous sommes sauront, non pas seulement quoi faire le lundi matin en classe, mais aussi comment le faire et surtout pourquoi, plus l’enseignement saura être conscient et plus nous nous retrouverons ailleurs que dans des « lieux communs » et échangerons au sujet de pédagogie, réellement.

Je retourne à ces pages nourrissantes. Au diable la diète! 😉