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CAP ou pas CAP

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J’entends toujours Guillaume Canet et Marion Cotillard quand je dis, je lis, j’écris « CAP ou pas CAP? » Ça sonne d’abord comme un challenge, un défi lancé. J’ai donné une touche de majusculisme à plusieurs lettres pour leur insuffler une deuxième vie sémantique. Dans les lignes qui se tailleront une place sur cette page, il ne sera pas question de cap comme dans capable, mais bien de CAP comme dans la force d’une équipe d’experts, le travail collaboratif entre professionnels de l’enseignement et comme dans l’apprentissage de tous, petits et grands. CAP comme dans une culture professionnelle socioconstructiviste qui prend racine dans un état d’esprit de développement (Growth mindset). 

Aparté:

Lucy Calkins et son équipe ont, pendant trente années, réfléchi à ce que signifiait enseigner l’écriture et la lecture. Ces chercheurs du quotidien ont expérimenté un enseignement morcelé. À quoi un auteur réfléchit-il quand il écrit? Quels sont les moyens auxquels il peut choisir de faire appel? En décortiquant ainsi une compétence, on la rend accessible et on permet aux apprenants de savoir ce qu’ils sont en train de faire, d’apprendre et d’en parler, de parler de leur écriture, de leur lecture.

Cette démarche, qui a donné naissance aux unités d’apprentissage détaillées, m’a amenée à me questionner au regard des CAP. À quoi un « CAPeur » réfléchit-il quand il s’inscrit dans une démarche au sein d’une CAP?  Quels sont les moyens auxquels les CAPeurs peuvent choisir de faire appel? Comment décortiquer le fonctionnement des CAP?  Plusieurs ressources existent pour nous informer sur la théorie entourant la mise en place de CAP : capsurlareussite.caPremier pas : transformation culturelle de l’école en communauté d’apprentissage professionnelle, etc. Les paramètres logistiques sont clairs: créer du temps de rencontre, déterminer un objectif de travail, observer la situation en cueillant des données, réfléchir aux ajustements à apporter à nos interventions pour guider l’apprentissage souhaité en le rendant accessible, en le morcelant, échanger  avec ses collègues pour prendre du recul, cueillir d’autres pistes, consolider ses choix professionnels et ainsi de suite toujours dans le but d’atteindre un objectif choisi.

Sur ces bases, concrètement, un CAPeur observe comment se manifeste l’apprentissage de l’élève, des élèves. Il se demande quels apprentissages, parmi ceux qui ont été guidés, sont faits et lesquels ne sont pas faits, quels apprentissages pourraient être faits pour continuer à développer des habiletés d’auteur, de lecteur, d’algébreur (!), d’organisateur, de musicien, d’animateur, etc. Autrement dit, il observe le travail de l’élève avec l’intention d’y trouver des manifestations d’apprentissages et de cibler la prochaine étape de cet élève ou de ces élèves. Il observe aussi pour planifier son enseignement et choisir des interventions adaptées.

Pour arriver à prendre cette distance et à préciser ses attentes, le CAPeur s’associe, il s’inscrit dans une communauté où chaque membre CAPeur a choisi de prendre part à une démarche collaborative où l’expertise, le bagage, les réflexions de chacun sont mis à profit. Dans les livres, on appelle ça le socioconstructivisme. Quand je dis des mots comme ça, on me dit d’arrêter de sortir des mots à 100$. Je le sors pareil! « Au yâbe les dépenses! »Ne me prêtez pas d’intention supposée, mon seul but est d’utiliser le vocabulaire spécifique à notre champ d’expertise, un métalangage commun aux professionnels en éducation que nous sommes.

Quand les CAPeurs parlent entre eux, ils se demandent aussi comment accompagner les élèves aux prises avec des difficultés pour les amener à progresser à partir de là où il sont.  Les praticiens réflexifs des CAP croient en l’existence de possibilités pour que chacun progresse et savent que les rythmes et les chemins sont variés. Chaque année, on espère que les groupes d’élèves qui s’installeront dans nos vies nous feront rencontrer des élèves ayant tous un point de départ, un « déjà-là » similaire. Chaque année, la réalité demeure: tous les élèves d’un même groupe ou d’un même niveau n’ont pas le même bagage pour diverses raisons. Une réalité. Un constat. Vous avez raison, cette situation n’est pas simpliste à gérer. Quand les dispositifs utilisés ne donnent pas satisfaction, on envisage des changements, et ce mot, dans la vie, c’est toujours inconfortable, voire effrayant! Quelle garantie de gains a-t-on à investir autant d’énergie à se rassembler? À quel point est-ce qu’on se sent en mesure de s’arrêter, au travers le tourbillon du quotidien, pour réfléchir sur la pratique? Pourrait-il y avoir jugement en cours de route? Est-ce nouveau comme contexte? Imprévisible? Oui! Bingo! Facteurs d’engagement et de stress rencontrés… pas étonnant qu’on hésite et que la zone d’action qu’on connait soit beaucoup plus attirante! Et là, on se rassemble, on met nos lunettes de praticiens réflexifs, on prend le recul nécessaire. On y arrive souvent ensemble. On observe ces réactions humaines que l’on vit, on les nomme s’il le faut puis on trouve des moyens de cheminer en respectant les limites, les freins de chacun, et en axant notre travail collaboratif sur notre objectif de pratique professionnelle: l’apprentissage. Les CAPeurs parlent des apprentissages faits et des apprentissages pas encore faits (not yet).

Quand les CAPeurs se rassemblent, se regroupent, deux choix s’offrent à eux. Soit ils font l’inventaire de ce qui ne va pas et misent sur la part de non-contrôle, soit ils unissent leurs forces, leurs connaissances, leurs compétences pour envisager diverses avenues d’accompagnement, pour nourrir les possibles. Les CAPeurs réussissent de plus en plus consciemment à emprunter volontairement la deuxième voie sachant la première plus chronophage et énergivore.

On sait qu’il n’existe pas de miracle one size fits all, que parfois, ça peut prendre des semaines, voire des années, pour trouver une clé. Gardons le cap sur notre objectif commun, navigons dans notre champ d’expertise, l’apprentissage, ensemble. Chacun a ses paramètres de vies, son bagage, c’est ce qui fait d’ailleurs de chacun ce qu’il est. Nous avons le privilège de pouvoir prendre part à des vies, nous avons une fenêtre d’influence importante dans la vie des gens que nous côtoyons au quotidien. Comme un ingénieur devant un pont à bâtir ou une structure complexe à réparer, bâtissons des chemins d’apprentissage et manoeuvrons aux coeur de ces structures complexes que sont les perceptions, les ancrages, les résistances, les croyances de chacun.

Si c’était simpliste, ça n’exigerait pas un travail de pros! Cela étant dit, ce n’est pas obligé d’être compliqué parce que c’est complexe, ce peut être simplement complexe et professionnellement traité!

Merci à tous ces collègues avec qui j’ai le plaisir de partager et d’apprendre tous les jours! Ensemble, on se permet, à notre rythme et selon les divers obstacles rencontrés, de devenir des CAPeurs, d’apprivoiser une autre façon de fonctionner tellement nourissante, mais aussi confrontante! C’est grâce à ces expériences, où on vit des tentatives, des essais, des ratés et aussi des succès, que les lectures théoriques prennent vie, et que ce billet s’écrit comme une réflexion partagée au sujet de ce qu’une CAP implique pour le professionnel qui choisit de s’y engager.

Alors, CAP ou pas CAP?

 

 

 

Réfléchir dans une optique de « Growth mindset »

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On m’a approchée dernièrement pour que je participe à un partage de pratiques, à titre de panéliste lors d’un webinaire au regard du Growth mindset. Dans les circonstances principalement collégiales et universitaires de ce second webinaire du CAPRES, mon 1er réflexe a été de douter de la pertinence de ma participation. Or, il se trouve que nous travaillons tous et toutes avec des individus qu’ils soient élèves, étudiants, collègues enseignants, CP, directeurs…

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C’est donc sur cette base commune de travail avec l’individu que je me suis jointe à l’équipe de panélistes avec l’intention de partager très humblement là où, jusqu’à maintenant, réflexions partagées, lectures et analyses de pratiques m’ont menée, et ce, au regard du Growth mindset.

D’abord, voici une représentation sommaire de la théorie du Growth mindset de Carol DweckCe cadre théorique permet une prise de conscience de l’impact du discours interne de l’individu sur sa façon d’aborder les situations. Cet état d’esprit est alimenté par de nombreuses expériences vécues, paroles entendues, attentes perçues, etc.

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Dans cette représentation du Growth mindset, la zone d’influence qui est la nôtre, c’est cet espace entre l’état d’esprit figé et celui en perpétuel développement. Chacun de nos choix d’intervention peut avoir une incidence sur le renforcement de l’un ou l’autre de ces états d’esprit.

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Nos croyances, nos conceptions

Nos propres conceptions relatives à l’intelligence, l’autonomie, ce qu’est un bon apprenant, un bon lecteur, etc. influencent nos actions ou nos paroles qui, elles, induisent l’un ou l’autre de ces états d’esprit. Lorsqu’on aborde un sujet dans une optique d’apprentissage, amener ces conceptions au conscient permet de poser un regard beaucoup plus lucide sur l’objet à l’étude et sur l’état d’esprit de l’apprenant.

La planification et l’évaluation

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Une planification de l’apprentissage est souvent linéaire et alimente un état d’esprit fixiste. Or, la réalité nous a montré à maintes reprises qu’elle s’efforçait de modifier tous les itinéraires en les pimentant d’obstacles. En ce sens, planifier le parcours en tenant compte de sa non-linéarité, de la nécessité de l’effort pour surmonter les obstacles alimentera une état d’esprit tout autre.

Une planification au service d’un Growth mindset rend visible le point d’arrivée (les objectifs d’apprentissage) dès le début de l’aventure, amène au conscient les acquis de chacun qui serviront son avancement et met en lumière les obstacles possibles et des pistes de solution. C’est la phase de préparation. Ainsi pilotée, elle inclut l’élève dans l’aventure d’apprentissage, lui redonne une part de contrôle et lui fait voir la valeur, l’utilité de l’aventure d’apprentissage.

S’ensuit la phase de réalisation lors de laquelle l’apprenant apprend, explore, organise, structure l’objet d’apprentissage. Pendant cette phase, des évaluations d’aide à l’apprentissage ont lieu parfois sous forme de rétroaction spécifique axée sur les processus (nous y reviendrons bientôt), parfois sous forme d’évaluation formative permettant à l’élève de mettre à l’épreuve les apprentissages faits jusqu’alors afin de mettre en évidence le chemin parcouru et celui qui lui reste à parcourir.

« Quand on sait ce qu’on ne sait pas, on peut apprendre », affirme le désormais très célèbre John Hattie.

Grâce à cette évaluation « formative » en cours de parcours, l’apprenant peut corriger le tir. On peut l’amener à s’associer à d’autres camarades susceptibles de l’aider à réfléchir à ses apprentissages, à surmonter les difficultés, procéder à des regroupements par sous-groupes de besoins ciblés, animer des mini-leçons, etc. Ce sont quelques-unes de nombreuses interventions qui peuvent être menées pour guider la suite à partir des constats de mi-parcours.

La phase d’intégration est une phase incontournable dont on sous-estime souvent le pouvoir. C’est lors de cette phase qu’on permettra à l’apprenant de poser un regard sur l’impact des choix qu’il a faits au regard de sa progression, de sa réussite. Qu’est-ce que tu as déployé comme stratégies? Que t’ont-elles permis de faire? Si tu pouvais revenir en arrière, que ferais-tu différemment?

L’objectif de la phase d’intégration est de mettre en lumière tout ce qui sous-tend la réussite, le processus inhérent. Ce qui souvent reste dans le monde de l’inconscient. Il s’agit de faire prendre conscience à l’apprenant qu’il a le pouvoir de faire en sorte que les choses arrivent. Que le succès ne peut être occasionné par personne d’autre que lui. Demander de l’aide est une stratégie qu’il choisit de déployer au même titre que celle d’essayer, d’écouter les conseils, d’être attentif devant une modélisation, de participer à une pratique guidée, à un webinaire(!), etc.

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La rétroaction

La rétroaction aussi est un élément d’influence non négligeable. En fait, formulée adéquatement, la rétroaction incite l’éclosion du growth mindset en faisant prendre conscience à l’élève de son processus et du contrôle qu’il peut avoir sur sa réussite, alors que formulée de manière inadéquate, elle peut faire des ravages.

Une rétroaction inefficace, voire dommageable, est non spécifique, se présente sous forme de louanges, est axée sur l’être plutôt que sur ses actions et alimente le fixed mindset.

C’est beau! Ce n’est pas bon. B+. Tu peux faire mieux. S. Ce n’est pas tout à fait ça, quelqu’un sait? Wow! Tu es intelligent! Tu es bon! Tu es rapide! T’es un petit vite toi! Ouf! Tu n’es pas vite, vite!

Une rétroaction efficace est spécifique et axée sur le processus

Le fait que tu aies choisi de faire cela en premier t’a permis de…, Tu as choisi d’agencer le mauve et le rouge, es-tu satisfait du résultat? Ici, ce n’est pas le bon choix de pronom personnel. Je suis fière de toi: quand tu as rencontré un obstacle, tu as accepté l’aide de ton camarade.

Le délai de rétroaction influence son incidence. Plus la rétroaction est éloignée de l’action, moins elle a d’impact durable sur l’apprentissage.

 

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La pratique réflexive ou encore l’analyse de pratique

Il s’agit d’un autre angle d’intervention qui peut influencer l’état d’esprit de l’individu. Lorsqu’on se permet humblement un temps d’arrêt pour expliciter sa pratique, ses actions et leurs fondements, que l’on met en évidence les similitudes et les différences entre sa pratique et celle d’un autre ou encore d’un cadre théorique, qu’on identifie les forces et les limites de chacune et qu’on s’efforce de percevoir la transférabilité de certains éléments dans notre propre pratique, on favorise l’éclosion du growth mindset. Au contraire, lorsqu’on s’isole et qu’on craint le regard de l’autre, on cristallise un état d’esprit figé.

 

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Cette image illustre le fait que de cultiver un état d’esprit figé où le savoir est la clé peut être confortable puisqu’on se sent en contrôle. Or, la zone où tout devient possible est celle où on se permet de se questionner, de réfléchir, et celle où on se laisse surprendre par ce qui survient est celle où on se permet d’essayer, de se tromper, de créer…

Des outils intellectuels

Que ce soit au regard de nos croyances/conceptions, de notre planification/évaluation, de la rétroaction ou d’une analyse de pratique, des outils intellectuels sont essentiels pour guider nos interventions.

J’en ai retenus trois, les trois principaux, c’est-à-dire les six sphères du questionnement métacognitif, la théorie du stress exposée par Sonia Lupien et la dynamique motivationnelle dont l’appellation provient de Viau, mais dont les fondements sont consolidés par moult auteurs, en d’autres termes, dont Bandura (SEP) et Boekaerts.

La vie en rose!?

Exposée ainsi, une pratique axée sur la conscience de l’influence de nos actions peut paraitre rosée. Y a-t-il des obstacles sur ce parcours? Des défis? Certes. La culture de l’enseignement où l’enseignant sait et transmet, la culture de l’apprentissage où la progression est linéaire, où le point de départ de tous doit être similaire, et la culture de l’évaluation qui sert quasi exclusivement à sanctionner sont à remanier. Plusieurs facteurs externes interviennent dans cette analyse. Un état d’esprit figé nous amènerait à ne prendre que ça en considération et donc à conclure que nous subissons ces circonstances. Or, puisque nous sommes dans un état d’esprit où le développement est perpétuel, nous savons que nous pouvons faire en sorte que les choses changent, en commençant par une pratique réflexive sur nos actions individuelles.

Les principaux défis ont trait à l’individu, à ce discours interne déjà bien ancré, figé, à cette ouverture à la réflexion. L’individu, c’est moi, c’est vous, c’est lui, c’est elle.

Au début, je vous ai mentionné que je doutais de la pertinence de ma participation pour des raisons circonstancielles. C’est ce fixed mindset qui s’imposait. En m’inscrivant consciemment dans un growth mindset, j’ai influencé l’individu que je suis à essayer, à réfléchir, à partager, à s’engager.

 « Il ne faut jamais sous-estimer l’influence que l’on peut avoir sur les autres » – Pierre Demers

 

CADRE 21

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Le Centre d’Animation, de Développement et de Recherche en Éducation au 21e siècle a ouvert ses portes le 21 janvier 2016. Situé au 1940, Henri-Bourassa E à Montréal, cet espace propice à la collaboration et à la création peut accueillir des groupes de pédagogues francophones de tous azimuts. Mais le CADRE 21 ne se résume pas à un lieu, loin de là!

Un tourbillon de réflexions occasionné, dans les dernières années, par des constats multiples au regard de l’éducation (désengagement manifeste des élèves, dévalorisation de la profession, stagnation des pratiques malgré les avancées en sciences de l’apprentissage, défaitisme ambiant, taux de décrochage estudiantin et enseignant élevé, etc.) a poussé plusieurs intervenants scolaires à tenter de repousser les limites du lieu physique où ils exercent leur profession. Grâce aux médias sociaux, un réseautage professionnel s’est développé et se développe encore rassemblant de nombreux pédagogues soucieux de réfléchir aux avenues envisageables de changement qui permettraient d’intervenir pour favoriser la quête de l’apprentissage, essence de notre adhésion au monde de l’enseignement.

« L’École de demain« , de quoi a-t-elle besoin? D’enseignants dont on valorise la profession, d’enseignants qui croient en la valeur de leur profession, en l’importance de nourrir continuellement leur pratique en ce 21e siècle de mouvances rapides au coeur desquelles demeure pourtant et toujours l’être humain, l’individu, le praticien réflexif, l’apprenant perpétuel.

Le CADRE 21 vise, entre autres, la mise en valeur du développement professionnel des enseignants par le biais d’un lieu permettant la réflexion collaborative, mais aussi par le biais de l’implantation d’un système de formation continue balisé par des badges numériques répartis sous trois domaines: les pratiques pédagogiques, la gestion de classe et les TIC au service de l’apprentissage. Chaque domaine offrira un certain nombre de pratiques à explorer, et ce, en quatre niveaux dont l’ultime n’est pas celui de virtuose, mais bien celui d’accompagnateur.

Hier, 2 février, nous avons eu le privilège d’être guidés dans notre découverte de l’endroit par le coordonnateur, M. Jacques Cool, qui a su nous expliciter les fondements, les réflexions, les intentions, le processus… l’âme de ce projet novateur et audacieux qui vise clairement à susciter une démarche réflexive de l’enseignant au regard de sa propre pratique et à la reconnaitre dans un cadre où liberté et rigueur se marient. Les étoiles dans ses yeux et l’enthousiasme communicatif dont il faisait preuve montrent bien que le CADRE 21 est propulsé par la passion, cette ressource naturelle qui pourrait bien être la seule renouvelable, selon Doug Reeves!

Profitez des Portes ouvertes qui se poursuivent jusqu’au 4 février, 18 h 00!

Ligne du temps

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Cette nuit, j’ai rêvé qu’on se votait un MAP, un ministère de l’apprentissage. Apprendre, désapprendre,  réapprendre,  c’est le nouveau visage de l’apprentissage. Chaque nouvelle mise à jour de logiciel demande de désapprendre partiellement et de réapprendre. Des emplois qui existent aujourd’hui n’existeront plus, et d’autres auront été créés. La création…

On a un jour opéré un homme au champ de combat avec des scies manuelles, l’alcool ou rien pour tout anesthésiant et des conditions d’hygiène difficiles à se représenter. Si on s’asseyait un moment pour jouer à Timeline médecine, on constaterait la vitesse d’évolution, de changements, de découvertes,  de créations permises par de nouveaux apprentissages. Aux problèmes rencontrés, on cherchait à trouver des solutions et ça continue aujourd’hui.

On a un jour été portés par des chevaux, puis par des chars, des bagnoles, des voitures et des bolides. On retrouve maintenant des engins dont on ne pouvait se douter dans Back to the future.

On a appris à comprendre la mécanique, l’électricité, le corps humain, l’informatique, la robotique et, dans les 15 dernières années,  on a appris à découvrir le cerveau. Les neurosciences sont nées. Et tout récemment, la neuroéducation. Au Québec,  l’ARN, l’association pour la recherche en neuroéducation, a été fondée par Steve Masson, professeur à l’université du Québec à Montréal. Elle vise la diffusion et le partage des nouveaux apprentissages en neuroéducation et le partage d’expertise au niveau mondial afin de tirer profit des découvertes de chacun pour faire progresser la recherche à son plein potentiel.

Comment apprend-on? Est-ce qu’apprendre est polysémique? Est-ce qu’on apprend son numéro de téléphone comme on apprend à dessiner ou à calculer? Comment peut – on guider, favoriser l’apprentissage?

Et si on concevait le jeu Timeline de l’éducation, de quoi cela aurait-il l’air? Où se situe dans le temps l’invention de la feuille mobile? Des pupitres? Du crayon mine et du stylo? De la dictée?  De l’école active ou du mot métacogniton?

Comment cultive-t-on notre passion? Celle qui nous a poussés à oeuvrer dans le milieu de l’éducation, le creuset de demain, le porteur d’hier, le favorisateur de création… C’est en train de devenir quoi notre système d’éducation? Et j’en connais plusieurs profs et intervenants qui inspirent par leur passion!

J’ai appris à faire du ski un jour. Luc m’a appris à skier. J’avais peur, j’étais en position de vulnérabilité et mon ego en prenait un coup! Luc, il m’a acueillie là-dedans. Pas de jugement,  rapidement en sécurité, car il est assuré, solide, ancré. On peut se hasarder, il nous protégera de ce qui effraie. Je n’étais pas seule. Il m’a expliqué, m’a montré, m’a fait pratiquer et m’a amenée à réfléchir à ce qui pourrait être fait pour bonifier mes balbutiements de bébé skieuse. Et à tenter de comprendre pourquoi cela aiderait. Qu’est – ce que cela me permettrait de faire? Le succès visé.  Pas celui d’aller dans les bosses, le succès suivant, mon succès suivant, mon +1. Je partageais la pente avec des bambins entre 3 et 8 ans. Ego. Et je me rends compte qu’on apprend tous. Point. Au diable l’âge! « Il n’y a pas d’âge pour apprendre », disait-on. Aujourd’hui,  on parle de plasticité du cerveau. On observe l’apprentissage par imagerie… Comment fait-on? Comment apprend-on?
J’ai appris à faire du ski un jour. Je me sentais en sécurité. J’avais cette conviction que Luc ne me jugeait pas, qu’il me croyait capable, j’ai eu confiance, j’ai appris. Je dois me pratiquer maintenant. Seule. Mais il se peut que je redemande de l’aide à un autre ou encore que j’en offre un soupçon…

À cet instant, à ce moment précis…

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Il y a cet instant.
Tu sais, l’instant où tu prends le temps…
Ce moment où tu ressens entièrement ce qui t’habite…
Où le temps, tu n’as plus l’impression qu’il te précipite…

Il y a cet instant.
L’appel d’une amie un matin qui te propose un plan de match où l’improvisation aura sa place, une journée peinte à partir d’une palette offrant folie, plaisir et zenitude. Il y a ces soirées où tu choisis la facilité et la liberté que t’offre le taxi! Et tous les autres instants où tu réinventes le monde à grands coups de discussions, où tu attises un fou rire, où tu découvres l’autre un peu plus, où tu te sais davantage.

Il y a aussi les instants capturés, un clin d’oeil subtil, à peine perceptible, le frisson qui court sur ta peau, le lever du soleil, son coucher, une étoile filante, la sensation de ses lèvres sur ta peau.

Et ce bien-être quand tu sais que tu fais ce qui est bon, c’est aussi ça, l’instant. Donner ton ticket de tram à un touriste arrivant dans la ville que tu quittes. Permettre à quelqu’un d’utiliser le temps restant de ton parcomètre. Faire rire l’autre. Rire avec lui! Prendre des nouvelles d’un collègue, d’une amie. Écouter. Trouver le cadeau idéal pour une personne que tu apprécies.

Tu te souviens de ces moments passés à faire des casse-tête qui donnaient la mission à ton cerveau de regrouper les morceaux avec un côté plat pour d’abord établir les balises territoriales de cette toile à assembler avec des graines de patience. Ceux où on s’inventaient des clubs secrets dont le quartier général était le grenier ou le hangar de la maison, on s’écrivait en code, tu t’en souviens?

Tu as gouté cet instant où tu penses à lui. Et celui où tu sens le vent juste à peine plus chaud que ta peau glisser dans ton cou, pas tout à fait rafraichissant, mais velouté, enveloppant. Il y a ces instants où tu te retrouves couché sur le dos, le nez dans les étoiles, l’infini partout et même en toi, la tête prise dans un tourbillon d’idées créatives, de possibles.

Parfois, le moment se présente sous forme de mots, de phrases, d’un regard, d’une main sur ton avant-bras, de l’heure qui t’informe qu’il est 2:22, 4,44, 11:11, 12:34…

À d’autres moments, on te fait un cadeau, comme ça, sans raison, on te dit merci, on t’accompagne, t’accueille, te sourit.

Tu as déjà senti ce moment où la vérité te frappe de plein fouet, où une sorte de vertige s’empare de toi. Tes points de repère valsent, la route s’arrête. Tu es coincé dans ces pensées qui naissent, qui se tricotent en réflexions et dont tu perds le fil. Parfois, la vérité est si foudroyante que le temps où tu as l’impression de piétiner, d’être à côté de tes pompes, dure éternellement! Puis, tu l’acceptes. Tu comprends certains éléments qui t’avaient échappé jusque là. Ta route reprend, sur un nouvel itinéraire.

Ce qui est magique, c’est que tout ça a existé…

Et même s’il ne neige pas, il a neigé.
Et même s’il n’est plus là, tu l’as connu.
Et même s’il y a des « il faut », il y a aussi des « je peux » et des « je veux ».
Il y aura toujours cet instant, ce moment précis.
Maintenant.

L’expertise collaborative

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Hier, une collègue qui m’a associée à Hattie m’a fait parvenir ce lien vers une schématisation des principales conclusions aux recherches de cet homme dont l’ampleur du travail ébranle : les distractions en éducation (ce qui ne fonctionne pas, mais à quoi on accorde beaucoup d’importance) et les solutions (ce qui fonctionne et qu’on gagnerait à mettre de l’avant). La partie relative aux solutions est sous-titrée « expertise collaborative », j’adore!

Il s’en est passé des choses hier, car j’ai aussi envie de vous dire le plaisir que j’ai eu à échanger avec d’autres pédagogues passionnés lors d’un évènement pédagogique indépendant, le premier USPPP (Souper Pédagogique Presque Parfait) de Joliette. Une première qui aura des suites en septembre, avis aux intéressés! Il aura été question, entre autres, de badges numériques, de décloisonnement d’expertise, de collaboration, des premières années de carrière, de ce qui survient lorsqu’on sort de notre zone de confort, de défis relevés et à relever, de la puissance des doutes, de réseautage et de besoins d’élèves (littérature, genre de cours, rétroaction en processus de découverte, impact du stress vécu par l’enseignant sur ses élèves, etc.) – quelques traces sur Twitter

Enfin, je me rends compte de cette richesse collective que nous avons, je me rends compte que mes collègues de tous azimuts me propulsent, me déstabilisent, me permettent de vivre le doute qui me pousse à son tour à aller de l’avant, à rechercher un équilibre. Jamais éternel cet équilibre. Tant mieux! Car contrairement à M. Bergeron, je ne prone pas l’immobilisme et considère qu’en éducation, comme partout ailleurs, l’actualisation constante et éclairée de notre potentiel est une trame de fond qui n’est certes pas de surface!

Voir la réponse de Marc-André Girard à  ce texte de M. Bergeron.

Le premier USPPP lanaudois à Joliette!

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Les Soupers Pédagogiques Presque Parfaits (USPPP) sont nés à Montréal il y a de cela deux ans.
Pour la première fois sur la Rive-Nord, un USPPP se tiendra à Joliette.
Si le coeur vous en dit, joignez-vous à cet événement en vous inscrivant ICI.
Pour plus d’information, consultez L’invitation au USPPP Joliette #1.

Au plaisir de vous y rencontrer!

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#pedactive

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L’école, c’est le lieu d’apprentissage qu’on s’est offert. Elle est un incubateur de changement. « Nous touchons l’avenir: nous enseignons! »  Au travers ces entraves à destruction massive semées çà et là dans ces lieux où on cultive demain, au travers ce quotidien qui court, au travers toutes ces additions de diverses tâches, il fait bon se replonger au coeur de ce à quoi on a choisi de prendre part: l’apprentissage, quelque pédagogue que nous soyons. 
Souhaitons que tous, et surtout nos élus, reconnaissent un jour l’essence de l’éducation: « un immense investissement dans la jeunesse actuelle dans le but d’assurer le futur d’une société entière. »
Le Manifeste pour une pédagogie renouvelée,  active et contemporaine est un fruit printanier,  une manifestation par la réflexion.
À partager!

De riches rencontres

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Chaque fois que je jette un oeil sur Twitter et que je m’attarde un tant soit peu à ce qu’on y partage, j’apprends. Et je dois dire qu’apprendre, c’est nourrissant! Je suis gourmande faut croire! Bref, aujourd’hui, j’ai fait la rencontre d’un collègue pédagogue passionné auquel j’étais pourtant abonnée sur ce média social depuis quelque temps déjà,  mais avec qui je n’avais pas eu l’occasion d’avoir un temps. Sur son blog, il a partagé un billet de Normand Baillargeon (@nb58), Apprenez-leur à prendre des notes. J’ai suivi sa suggestion. Mercredi dernier, j’étais en rencontre avec des collègues et on parlait justement de prises de notes. Hasard? Coïncidence? Est-ce obligé de porter un nom?
En suivant les liens hypertextes comme des cailloux qui permettent de retrouver un chemin, j’ai visité son site web. Sur Twitter, il porte le nom de @Yvesmo, sur son site, on le retrouve en tant qu’Yves Morin. Mais « Qu’est – ce qu’un nom? » Yves Morin est un pédagogue qui réfléchit sa pédagogie, qui partage sa vision et qui inspire.

Au retour de #clair2015, où réflexions, partages et inspirations ont peuplé le quotidien, l’insipide film du dimanche après-midi entraine une fringale cognitive. Tablette, confort, Twitter et rencontre! Sur son site de classe Pedago@web, Yves Morin s’est prêté à l’exercice de se définir comme pédagogue.  Exercice fort intéressant. Se déposer en tant que professionnel de l’apprentissage, tracer les contours de notre voie actuelle, faire connaitre à nos élèves leur guide et les conseils pour une expédition vers apprentissageland…nourrissante.

1. Définir l’apprentissage
« Connaître ne suffit pas. Il faut savoir l’appliquer. La volonté ne suffit pas. Il faut savoir agir. Rien ne s’enseigne que l’étudiant ne désire apprendre, rien ne s’apprend qui ne requiert son engagement actif. » – @YvesMo

2. Définir sa mission au quotidien
Que cherche-t-on, chaque jour à accomplir en tant que pédagogues? Quels sont nos idéaux d’enseignants? Pourquoi sommes-nous là où nous sommes tous les jours?

3. Identifier les incontournables pour réussir
De quelles ressources l’élève a-t-il absolument besoin pour pouvoir réussir? Quels sont les obstacles possibles? Les solutions envisageables? Un élève qui n’aurait pas conscience d’avoir quelque part en dedans de lui l’une ou l’autre de ces ressources est-il condamné à ne pas réussir mon cours ou existe -t-il des moyens pour lui apprendre à accéder à ces ressources   Apprendre à apprendre et toujours, nous aussi apprendre pour nous rappeler ce que ça exige.

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Dans la peau d’un élève pendant deux jours, article qui fait réfléchir.

4. Définir sa pratique pédagogique, ses assises
Connaitre sa pédagogie, faire les choses consciemment et consciencieusement en étant alerte aux indicateurs de réussites et d’erreurs.
On voit d’ailleurs souvent erreurs au pluriel,  mais réussite, plus souvent au singulier lorsqu’il s’agit de LA réussite,  la vraie. Les autres, ce sont des réussites,  souvent accompagnées de l’adjectif « petites ». Quelle est donc cette Réussite avec un grand R? Quelles petites victoires sont essentielles (essentielles) pour l’atteindre?  Quelle voie choisissons-nous d’emprunter pour guider chacun des êtres humains, curieux par nature, paresseux par nature et intelligents par nature, que nous accompagnons chaque jour?
Quelles pratiques pédagogiques priorisons-nous?

5. Reconnaitre les caractéristiques de sa vie d’enseignant (e)
Comme enseignants ou acteurs de la grande famille des passionnés de l’apprentissage, quelles sont nos caractéristiques humaines? Qu’est-ce qui nous est primordial, nous est intolérable, nos qualités, notre vision (conférence de Normand Vaillancourt, @marc_aurele, à #Clair2015)?

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai des réflexions à alimenter! J’ai de plus en plus de pistes, d’indices, de début de réponses, j’apprends à devenir la pédagogue que j’ai envie d’être,  et ce, chaque jour, +1, grâce à toutes ces belles rencontres virtuelles, papier, 3D, réelles, etc. Parfois, la fiction devient réalité! On rencontre notre communauté virtuelle à #clair2015, elle s’élargit de réel. On rencontre aussi une réalité qui semble irréelle… l’atmosphère qui règne au CAHM est pourtant bien réelle. Des élèves m’ont effectivement parlé de drones, m’ont fait essayer le casque Oculus de réalité virtuelle (qu’ils rendront fonctionnel dans un environnement créé de toutes pièces dans Minecraft par les élèves et qui représentera, à l’échelle 1:1, leur Centre d’apprentissage du Haut-Madawaska), m’ont transformée en musicienne de plantes (eh oui, j’ai fait rugir une plante, tinter une autre, et je ne vous parle pas du piano-bananes!), m’ont impressionnée,  au micro de la radio, à animer l’émission du jour avec une aisance déconcertante, et ce, malgré que près de 300 adultes d’un peu partout en Ontario, au NB, au Québec s’arrêtaient pour les observer créer leur émission de radio…

J’ai été emportée par un déferlement d’informations lors de la session Ignite Pecha Kutcha. 20 diapos, 20 secondes chacune, un thème,  l’engagement, et des invités experts, bref, tout un plan de match! Et ça y est allé aux toasts! Ouf!!!! Wow!! À réécouter!

@LiseGaluga a noyé mes yeux en humanisant la technologie. Ce thème de l’humanisme au coeur du numérique, j’aurai l’occasion d’en reparler avec des collègues virtuels qui deviendront réels lors du REFER (#referedu) des 19 et 20 mars prochains. J’aurai l’honneur d’y co-animer, avec Richard Cliche, le usppp lors de la conférence de Denis Simard. Ce sera toute une expérience!  Merci pour votre confiance, REFER!

Enfin, j’aurais mille choses à écrire encore sur ce #Clair2015. Mille, ce n’est pas une hyperbole, c’est vraiment une approximation! Je suis privilégiée d’avoir pu vivre tout ce que j’ai vécu depuis jeudi dernier sur les plans pédagogique, humain, amical et réflexif. Une ébullition littéralement!  Bienvenue dans le monde augmenté: impacts et enjeux des technologies (@martinlessard). Que vais-je faire demain avec tout ça? Car il y a un lendemain. Demain existe.

Et je reviens à ma rencontre de cet après-midi : @YvesMo et ses 5 axes de réflexion. Ça me donne des outils pour retrouver mon équilibre de pédagogue. Après avoir été ébranlée par de nouveaux questionnements et faits saisissants d’avancées technopédagogiques, je pourrais choisir de faire fi de ces nouvelles données et revenir dans une zone de confort et me dire : »plus tard, ce n’est pas le temps! » Ou encore: « c’est impossible, moi, je ne peux rien changer, les conditions m’en empêchent… » Mais je le vois bien qu’on peut repenser l’apprentissage (@marioch).
Je dormirai sur le « comment? », comment continuer à prendre part au changement qui fait si peur et à en faciliter le déroulement? Demain, je continuerai à suivre les cailloux d’un chemin que je me trace grâce à vous, rencontres pédagogiques inspirantes de passion!

Apprentissage ou rentabilité, là est la question…

Par défaut

Les recherches montrent que la diminution du nombre d’élèves influence peu l’apprentissage.
Ce n’est pas un facteur très influent, soit. Il l’est tout de même plus que le redoublement…
A-t-on démontré qu’en ajouter ne diminuait pas les chances d’accéder au processus d’apprentissage de chacun? Pas que je sache.
C’est cet accès qui est garant du plus grand impact sur l’apprentissage, coeur de l’éducation.
Nous le savons. Nous le comprenons. Ce souci s’est déjà nommé « différenciation ». Il a été galvaudé comme ses semblables « pédagogie par projet » et « élève actif au coeur de son apprentissage ». Ce sont des indicateurs que, sur le terrain, il y a des obstacles à l’atteinte de notre objectif social qu’est l’apprentissage. Quels sont ces obstacles?

Malgré la vocation, on entend « je n’ai pas le temps », « avec les groupes que j’ai… »
Malgré la passion, on voit du découragement,  du désengagement, de la colère, de la fatigue.
Dans le rapport de l’OCDE, Comment apprend-on?, on lit que la motivation et les émotions sont les deux piliers de l’apprentissage.
Pour qu’il y ait motivation, Viau, Bouffard, Bandura et Boeakarts s’entendent, il faut qu’il y ait croyance en la valeur de ce que l’on doit faire, à nos yeux, mais aussi aux yeux des autres puisque les commentaires de nos proches influencent nos croyances motivationnelles tout comme la comparaison sociale et les expériences antérieures.em
Porteur de tout ce bagage, on développe un sentiment d’efficacité en certaines circonstances.

Ce SEP de Bandura diminue lorsque la situation que l’on vit nous place dans un état où notre sens du contrôle est limité, où notre personnalité est menacée par le jugement des autres à l’égard de qui nous sommes comme professionnels, indiscociables de qui nous sommes comme êtres humains, où l’imprévisible et la nouveauté s’abattent pour amplifier le déséquilibre. (SPIN ton stress de Sonia Lupien)
Dans ces circonstances où on se sent impuissant, sans ressources devant l’ampleur d’une tâche, la motivation diminue. À quoi bon essayer si c’est pour échouer?

Nous savons ce qui doit être fait en education: centrer toutes nos énergies sur « le Comment apprend-on? », devenir des enseignants chercheurs des meilleurs moyens pour accompagner l’apprentissage +1 de chaque élève,  chaque jour.

Avant de prendre une décision quant au nombre d’élèves que devrait compter un groupe d’apprenants, demandons-nous si cette décision soutiendra l’apprentissage, laissera aux enseignants du temps pour se rencontrer pour parler pédagogie et apprentissage plutôt que cas comportementaux d’élèves qui, dépassés et constamment confrontés à l’échec scolaire (donc social), perturbent et traitent avec colère cette école qui n’a pas le temps de l’accompagner, lui, dans SA difficulté. Son voisin non plus. D’ailleurs, ils se sont associés pour fuir le travail.  Par paresse? Parce qu’ils n’aiment pas l’école? Ou parce que peu importe leurs efforts , ils n’y parviennent pas et, puisque, ils le savent, la réussite scolaire est reconnue par tout le monde comme primodiale, un travail non réussi de plus ne saurait que leur renvoyer au visage l’image honteuse de l’échec. Ils ne sont pas à la hauteur… socialement…concluent-il. Et leur SEP à eux? Et leur engagement… et leurs émotions?  Avant de pouvoir aspirer à voir naître dans le coin de l’oeil de ces élèves le plaisir de la curiosité satisfaite par un apprentissage ou la fierté de l’accomplissement et du dépassement, il faudra que l’enseignant ait pu l’accompagner dans son +1 quotidien qui, dans son cas, ressemble plus à désancrer une croyance démotivationnelle plutôt qu’à parvenir à définir son profil de lecteur ou à s’exercer pour maîtriser la correction de ses participes passés en vue de sa prochaine PE. D’ailleurs, il n’aime plus lire. Ni écrire.

Est-ce en ajoutant à la liste des noms d’un groupe celui de Jérôme qu’on saura le guider vers l’apprentissage? Et Tom qui a besoin de soutien émotif?  Et Doryanne qui voudrait bien tenir une main pour pouvoir se sécuriser devant les obstacles qu’elle rencontre en voulant tranquillement réapprendre à apprendre? Et Samuel qui cache sa tristesse derrière une colère impulsive chaque fois que Gabriel, qui rêve d’être à l’extérieur en train de couper des branches d’arbres avec son père émondeur, le nargue? Et Josianne qui, portant lourdement le poids de sa dyslexie dans le cadre scolaire, aimerait ne pas être laissée derrière son ordinateur, car il l’aide mais ne saura jamais lui donner ce sentiment d’appartenance à un groupe? Et les 26 autres de ce groupe? Et les 62 autres de mes deux autres groupes que je vois après mon heure de dîner pendant laquelle je devrai appeler les parents de certains de mes poussins pour leur parler appentissage pensez-vous? Non, pour leur parler comportement, car l’appentissage, on n’a ni le temps, ni l’argent pour en parler!

Ce n’est pas le nombre d’élèves dans un groupe qui détermine la qualité de l’appentissage de chacun, ce sont les actions pédagogiques qu’on pose. Certes! Actions pédagogiques qui, rappelons le, doivent être adaptées à chacun… Parmi ces actions: la planification de la séquence d’apprentissage dont le point de départ diffère pour chacun des élèves, lors de laquelle des obstacles sont à prévoir pour quelques moussaillons, au coeur de laquelle des évaluations qu’on a pris le temps de réfléchir pour qu’elles permettent de faire une prise de données révélatrice de la progression de chacun vers l’apprentissage visé s’ajoutent. Si Tom ne suit pas, il me faut pouvoir prendre le temps, avec lui, d’identifier où se trouve l’obstacle dans son processus d’apprentissage. Parfois, je me sentirai impuissante. J’aurai besoin de formation continue (lecture, groupes d’échanges professionnels, etc.) ou de temps pour bénéficier des lumières de mes collègues  (CAP, méthode Porter, etc.).

Mais, je me souviens, le temps, c’est de l’argent et nous n’avons ni l’un ni l’autre alors… mon SEP? Mon engagement? Ma motivation?

Eh puis, tiens, ajoutons-en des élèves. Pour l’instant, j’ai bien compris, ce n’est pas l’apprentissage qui compte. Et on ne peut pas tous les sauver, c’est ça?
Ces lieux communs rassurent, non?
Un jour, en éducation,  on parlera d’apprentissage. Pour l’instant, parlons rentabilité…

Quand on aura le temps, dans le cabinet du ministre Dr Bolduc, spécialiste des cordons de la bourse de l’apprentissage, entre deux coupures culturelles et deux massacres sociaux, on lira les rapports d’enquête de l’OCDE, on lira Baillargeon et Hattie, Barth, Viau, Tardif, Archambault, Meirieu, Willingham et tous les autres. Eux parlent d’apprentissage. Ils envisagent l’éducation à partir de la classe lieu sacré de rien d’autre que de l’apprentissage.

En attendant Godot, je regarde le spectacle inspirant de ces directeurs qui, malgré les temps de vache maigre et les obligations de rentabilité en % de réussite, choisissent d’acheter du temps pour que leur équipe agisse en CAP; le spectacle, aussi, de ces enseignants qui continuent, malgré une impression marquée qu’on ne reconnait pas socialement leur travail, à explorer les divers chemins vers Apprentissage Land.

Parce que, simplement, on y croit.
Et vous?