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Littératie en éducation : quelques rencontres nourrissantes

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L’été dernier (parce que ça existe l’été, même si on désespère ces temps-ci…), j’ai arpenté les récoltes de Bazzo, Marissal et Barbe en tournant les pages du collectif De quoi le Québec a-t-il besoin en éducation. On y rencontre la vision de 11 personnes issues de milieux différents portant sur l’éducation au Québec un regard tantôt impressionniste, tantôt ancré dans la recherche.

Peut-on penser que les changements à apporter en éducation doivent l’être sur des bases d’impressions? Je le croyais, persuadée que les impressions nées du réel quotidien de la classe, de l’école, du milieu constituaient la seule façon valable de voir les choses…

Les justifications fondées aux propos de Normand Baillargeon m’ont donné envie de découvrir ses Légendes pédagogiques… Bien que ma lecture ait été accompagnée de dizaines de « ! » gribouillés en marge, je dois dire que la rationalité peu nuancée de ce professeur de l’UQAM a su, après avoir suscité une certaine forme de frustration, nuancer ma tendance à rejoindre ce que Philippe Meirieu appelle « les lieux communs »:

« Trop souvent emporté par ses convictions, il néglige parfois le ciselage du concept au profit du pathétique du discours. […] [Cela] est même probablement nécessaire pour alimenter le « foyer mythologique » où s’origine notre capacité d’affronter [le] quotidien. […] Aussi avons-nous besoin de paroles rituelles et de collectifs convaincus, de certitudes proclamées et de rappels vibrants de nos « valeurs fondatrices ». Car l’humain ne vit pas seulement de science. Et celui qui se coltine tous les jours des enfants excités, abîmés, ou simplement indifférents à ce qu’on est chargé de leur transmettre, ne peut se passer de quelques « lieux communs » pédagogiques […]. » (Meirieu, 2013, p.7-8)

meirieu abstractionlégendes

Baillargeon m’a ébranlée. Je dis à mes élèves que c’est dans les instants de déséquilibre qu’on fait un apprentissage qui nous permet de retrouver un équilibre, différent. J’ai déposé l’essai Légendes pédagogiques à l’endroit où il est toujours, écartelé sur la fin du chapitre 5. Je le reprendrai, mais j’ai besoin de trouver les morceaux du casse-tête réflexif pédagogique qui manquent, qui m’empêchent de lire Baillargeon avec « zenitude »!

J’ai voulu apprivoiser L’apprentissage de l’abstraction de Britt-Mari Barth, invitée au REFER 2014 et souvent citée par plusieurs de mes collègues. « Désolée Madame, la réédition de 2013 est écoulée, vous n’en trouverez nulle part », statuait la sympathique responsable du service à la clientèle d’une librairie dont il importe peu que je mentionne le nom. Je n’arrivais pas à baisser les bras, pourtant, je devais me rendre à l’évidence… non! Les « zinternet » regorgent de richesses qu’il faut, certes, passer au peigne fin de la crédibilité, mais qui peuvent s’avérer riches.

Un article de Britt-Mari Barth qui expose les propos de Jérôme Bruner. Succulent.

Puis un article de Philippe Meirieu qui expose les propos de Barth. Exquis

Alors, je découvre Meirieu, plus accessible en librairie. Des lieux communs aux concepts clé. « L’élève au centre de ses apprentissages », « la pédagogie active », « l’individualisation de la formation »… Avec un respect indéniable de la réalité enseignante, ce professeur à l’université de Lumière-Lyon 2, cherche à exposer comment sont apparus les « lieux communs », à exposer le sens et la portée de ces expressions collectivement posées comme les vérités et à débusquer les significations ainsi que les concepts qui se cachent derrière ces slogans réconfortants.

Juste à côté, sur la tablette « pédagogie et didactique » comptant dix titres différents, je croise Willingham. Ce dernier, mentionné par Baillargeon à quelques reprises (beaucoup moins que Hattie dont on voit apparaitre le nom à maintes reprises) propose un ouvrage au titre accrocheur : Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école! Je me promets donc de lire Willingham, neuroscientifique.

Et je « tourne la page, tourne la page ».

C’est complètement ahurissant toutes les recherches qui ont pu être menées en lien avec l’éducation et dont on n’entend que trop peu parler dans nos milieux, voire pas du tout. C’est nourrissant, éclairant, confrontant…

Confrontation.

Le nom de John Hattie revient encore un jour de mars alors que je rencontre Frédérique Guay lors d’une visioconférence relative à l’exposition des résultats de recherches en écriture (CASIS). En effet, son nom est mentionné à nouveau alors qu’on nomme le rang qu’occupe l’interrelation entre les élèves sur l’échelle des pratiques influentes proposée par Hattie à la suite d’une synthèse de 800 méta-analyses basées sur plus de 50 000 recherches. Il me fallait aller à la rencontre plus formelle de ce Hattie. Cette synthèse a été présentée dans Visible Learning paru en 2009. En 2012, Visible learning for teacher a été publié. Dans l’un et l’autre des ouvrages, il semble que Hattie tire deux conclusions importantes. La première soutient que les enseignants sont l’aspect central des succès d’apprentissage dans les écoles et l’autre, que les réformes scolaires devraient reposer sur ce qui se passe en classe plutôt que sur les structures.

Avec tous ces ouvrages qui s’empilent et qui, faute de temps, n’ont que quelques pages de lues, je n’allais pas ajouter Hattie à la liste… Cela dit, j’étais fort intriguée par l’échelle des 138 influences reliées aux réussites des élèves. En effet, cette nomenclature m’apparaissait s’inscrire dans la recherche de concepts-clés pour éclairer mes lanternes. J’en ai capturé une partie, le top 28, sur le site visiblelearning.com

hattie_1

visiblelearning.org

À la lumière de cette escapade dans la littératie et des expériences professionnelles assemblées, il devient évident que la formation continue est plus que nécessaire. Plus les enseignants que nous sommes sauront, non pas seulement quoi faire le lundi matin en classe, mais aussi comment le faire et surtout pourquoi, plus l’enseignement saura être conscient et plus nous nous retrouverons ailleurs que dans des « lieux communs » et échangerons au sujet de pédagogie, réellement.

Je retourne à ces pages nourrissantes. Au diable la diète! 😉

#Clair2014, un premier jet

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Un premier jet, car je ne peux contenir toute cette énergie collectée, j’ai envie que rapidement vous y ayez accès vous aussi.

Un premier jet, car c’est une certitude que germeront d’autres graines recueillies au CAHM, et que des ébauches se préciseront.

Sans blague, que vous soyez en enseignement ou non, l’éducation touche tout le monde… l’inspiration, le leadership, la création, c’est universel. Clair est un pèlerinage pédagogique dans mon cas, un lieu de rencontres, de renaissance cognitive, un terreau de possibles, une addition de réflexions qui, littéralement, dansent un rock’n roll en ligne neuronale. Jean-Yves Fréchette (@jyfrechette et @pierrepaulpleau) « slame » la créativité, Annick Arseneault (@annickcarter1) s’ancre dans la réalité d’une classe qu’elle inverse, Nancy Brousseau (@nancybrousseau) colle des évidences pour faire un reflet et Raymond Vaillancourt dessine le leadership avec beaucoup de couleurs. Ce sont mes coups de coeur, et je ne parviens pas à n’en choisir qu’un… C’est tout dire! Offrez-vous une parcelle, croquez la saveur de ‪#‎Clair2014‬.

Grâce à la participation de l’Université de Moncton et des élèves du CAHM (l’école qui accueille l’événement annuellement depuis 5 ans déjà), les conférences de chacun sont disponibles en ligne et les présentations PowerPoint, SlideShare ou autres sont aussi accessibles.

Mes yeux brulent.

La route fut longue.

À suivre!

La rentrée scolaire comme une hâte de gamine!

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Je suis allée passer la fin de semaine au bas du fleuve, sous un soleil exquis qui lançait, généreux, ses diamants sur des eaux aux marées intenses d’amplitude. Et le vent n’a cessé de murmurer…

C’était la fin d’un été. Et le mot « fin », il est réel, mais je l’écris, le lis et le dis différemment. Sans amertume. Toujours avec hâte. Comme une gamine!

Un nouvel environnement, de nouveaux collègues riches d’expériences et d’humanité, de nouveaux projets-aventures-folies éducatifs et surtout, une nouvelle porte qui s’ouvre sur un univers de possibles, voilà ce qu’est la rentrée!

Ma lecture d’été

Qc_besoin_education J’ai tant à en dire! Ce bouquin a accompagné ces milliers de minutes de vacances que notre emploi nous offre. Il m’en reste deux ou trois pages, et les marges sont noircies d’annotations dont je parviendrai à synthétiser très certainement les grandes lignes lors d’un prochain billet.  Il est plus que bénéfique de lire les points de vue de plusieurs acteurs sociaux, témoins actifs de la réalité éducative. N’est-ce pas d’ailleurs un thème social qui rejoint tout un chacun? Oui, j’aurais pu m’offusquer qu’on n’y retrouve aucun propos d’enseignant en fonction, d’élève à bord ou de parent témoin. Oui, j’aurais pu y lire des reproches. J’ai plutôt rencontré 11 citoyens québécois préoccupés et intéressés par la situation en éducation au Québec en 2012. Des angles de lecture de la situation différents du nôtre. C’est rafraîchissant. Ça éclaire. Ça fait réfléchir. L’idée bouge, se meut, et ne meurt pas! Que les réflexions quant à l’éducation soient vivantes, pas seulement dans les écoles, montre qu’on a envie d’insuffler quelques ventilations…

Il serait profitable que quelques exemplaires traînent çà et là dans les salons du personnel des écoles, sur des tables d’appoint dans des salles d’attente… On jaserait éducation, on réfuterait, on proposerait, on solutionnerait socialement une situation sociale!

Aujourd’hui, c’était la rentrée. Un nouveau collègue et moi avons jasé de cette lecture commune en attendant les clés de nos paradis d’apprentissage. De ça, et un peu du bas du fleuve!

Mettre la table

USPPP

21 août 2013.

Certains sont déjà retournés au travail et accueilleront les élèves le lendemain. C’est principalement la réalité des écoles privées où excellent ces collègues éloignés que je rencontre au premier #USPPP de l’année 2013-2014. Près de 30 professionnels de l’enseignement, du primaire au collégial, en passant par ce secondaire que j’adore, sont réunis pour échanger d’abord leurs noms, pour ne plus être des inconnus et, ensuite, pour discuter autour du thème choisi par les organisateurs, cette fois-ci : La Valorisation de la profession.

Protégée par une pochette transparente, une série de pistes de réflexion guide les propos qui se faufilent d’une bouche aux oreilles des autres, puis d’une autre aux oreilles des uns. Soudain, au coeur de rires, @cogilbert propose un mouvement. Et nous voilà lancés à la découverte d’autres fils d’idées et d’opinions pour se tricoter, au final, une cape de possibles. Et on ressort de là avec un « suit stretch » et une folle envie de continuer à changer le monde un cours, un élève, une seconde, une discussion, une idée, une parole, une année à la fois.

Quand est-ce qu’on se revoit? Le 25 septembre? C’est noté!

Et @AleTremblay, séduite par cette première tablée, me propose de m’y raccompagner. Combien serons-nous dans cette voiture à migrer en septembre vers le #USPPPMtl ? Peut-être, en cours de route, choisirons-nous d’opter pour un #USPPPLanaudière!?

Formation continue: livraison à domicile

Si l’équipe de travail terrain a quasi entièrement changé de visage, ma cyberéquipe, elle, demeure, bonifiée par de nouveaux ajouts croisés lors d’un Tweet-up ou du #USPPP. Je raffole de tout ce que les membres de cette équipe de professionnels partagent. Tout? C’est une hyperbole car, évidemment,  il est impossible de tout capter au passage. On pige sur le fil d’actualité et on découvre des ruelles, des voies, des autoroutes qui nous font faire un petit bout réflexif, un grand bout pratique ou un voyage créatif. Bref, mon PNL ou ENA m’offre une FORMATION CONTINUE qui satisfait mon besoin de toujours nourrir ma pratique et ma réflexion pédagogiques certes, et sociale aussi. 
twitter
Vous voulez venir piger dans ce « buffet » cognitif? Oui!!! Soyez tellement les bienvenus! Au départ, je ne comprenais pas comment ça fonctionnait. J’étais spectatrice passive, voire colérique. Quand on a RT (retweeté) un des mes premiers tweets gênés, j’ai compris que j’y avais ma place, que j’avais quelque chose à dire. Ça aura pris 1 an avant que j’accorde du crédit à mes propos, que je rédige ces 140 caractères et que j’appuie, le coeur qui battait la chamade, sur « Publier ». J’aurai été figurante 1 an avant de prendre un rôle secondaire timide et finalement accepter que nous avons tous un rôle principal en tant que professionnel et que notre expérience peut rejoindre un, deux, trois, plusieurs collègues que nous rencontrerons peut-être un jour lors d’un congrès et qui s’exclameront : « Ah, c’est toi @ASirard! Mes élèves et moi avons tellement ri et appris en travaillant la reprise de l’information à partir de ta vidéo de classe inversée! » Et l’envie renaît!

Embarquez, tranquillement, rapidement, comme cela vous convient! Je vous invite @ASirard sur Twitter 🙂

ET

BONNE RENTRÉE!!!

Je nous souhaite tout le bonheur du monde au coeur de cette aventure fabuleuse qu’est l’éducation! Apprenons, désapprenons, découvrons, réapprenons, créons, et refusons de tourner en rond! Au plaisir!

J’écouterais sa voix jusqu’à ce que mon amour artistique intarissable se tarisse…

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Oh what a night avec Richard, the one and only!

Desjardins est complet.

Il est un canal de vie et sait faire vibrer jusqu’aux dernières particules d’un corps en propulsant cette force par le sol dans lequel il est ancré solidement ; par les airs où il fait virevolter des mots ficelés tantôt de fils de soie, tantôt de corde de jute, mais toujours soutenus par cette voix unique à la texture rocailleuse qui pourtant sonne le velours; par ses musiciens tout aussi talentueux les uns que les autres et par sa présence plus là que là.

Il a arrêté le temps.

Il a, au coin d’un sourire, fait couler une larme seule.

Il a rempli la salle, l’air, la terre, les coeurs, le mien.

Je ne pouvais pas simplement chuchotter tout ça sur un bout de papier, J’avais besoin de le crier!

C’est un amour artistique indéniable! Ouf!

Je tairai le contenu détaillé du « pacing », vous le laisserai découvrir…

Quelques parcelles:

– « […] me promener orné de toi. »

– « S’ils veulent nous empêcher de rêver, on va les empêcher de dormir. »

– « On traverse la frontière, de l’autre bord, on tombe dans le ciel. »

Jenny

 

Car le monde et les temps changent

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Sur chaque porte (je dis bien chaque porte) de l’école où j’aime travailler, il y a dorénavant des affiches placardées arborant de gras cercles rouges d’interdiction apposés sur une image de cellulaire.

On a choisi de mener une bataille impossible à gagner… Du moins, c’est la conclusion à laquelle j’arrive après chaque instant de réflexion.

Il y a trois écoles de pensée au sujet de cette nouvelle technologie qui ne cesse d’évoluer. On parle maintenant de téléphones intelligents! De quoi parlerons-nous demain? De téléphones autonomes?

La première école de pensée regroupe les gens qui sont à l’affût des tout derniers gadgets et qui, constamment, en font l’utilisation sans égard à un décorum ou à une étiquette sociale. Joignables partout, en tout temps, ils répondent en plein coeur d’un souper au restaurant entre amis. J’ai vu, de mes yeux, vu, un homme de près de 50 ans (signe que ce n’est pas un constat juvénile), répondre pendant des funérailles. Aucune honte, il chuchotait. Rien de mal. Un appel important? Il s’est extirpé, tout en dialoguant, de son banc d’église et s’est rendu à l’extérieur. Marque de respect. Il a rempli son devoir social. À ses yeux, rien de plus normal. Il se retrouve donc, dans cette première catégorie, en compagnie de tous ceux et celles qui, à tout moment, ont entre les mains Ipad ou cellulaire, qui ne comprennent pas que l’on puisse, aujourd’hui, ne pas adopter ce mode de vie technologique du lever au coucher sans interruption et qui, inconsciemment, bien sûr, répondent à des textos ou s’extasient devant la dernière publication twitterienne ou facebookienne tout en simulant d’être totalement à l’écoute de leur interlocuteur physique.

L’attitude de ce premier groupe, obnubilé par le tourbillon du changement, entraine la formation de la seconde école de pensée qui, elle, regroupe les gens dits « anticellulaires ». Ces derniers, offusqués par le manque de considération sociale et la perte d’humanisme qu’occasionne l’utilisation abusive et inconsciente de ces gadgets, choisissent de détester l’objet en l’identifiant comme la cause d’une dérive comportementale qui ne fait qu’accroître. Le cellulaire devient l’ennemi à abattre et il est hors de question pour ces gens d’en faire l’acquisition. Du moins, c’est ce que leurs paroles portent, haut et fort, comme message, mais on les entend tout de même se questionner sur les coûts et réfléchir à l’utilité que cela pourrait avoir dans leur vie avant de se raviser en prétextant être dépassés et n’y rien comprendre.

L’aspect pratique, les possibilités quasi illimitées d’utilisation et le fait que ces gadgets (cellulaires, Ipad, portables, etc.) dessinent dorénavant les nouveaux contours de la réalité (comme la télévision l’a fait dans les années ’50…) sont les trois aspects qui ébranlent la structure défensive. Il y a donc du bon au travers le tsunami du changement de la carte sociale. Même les plus rébarbatifs y voient les avantages potentiels.

Seul obstacle: la dérive de l’éthique sociale généralisée.

C’est là que survient la troisième école de pensée. Souvent, elle regroupe des gens qui ont déjà fait partie du second groupe dont je viens de dresser les particularités observées, mais qui ont gouté au « monde des possibles » que permet d’explorer la porte technologique maintenant grande ouverte. Un vaste monde. Effrayant. Incontrôlable. Changeant. Étourdissant. Mais aussi surprenant, car il regorge de mille et une choses qui semblaient improbables. Il est facile de savoir, de trouver réponse à ses questions, de communiquer avec un proche, etc. Facile dans la vie de tous les jours, sauf à l’école!?!?!?

Bon, c’est là où il y a, à mon avis, incongruité.

L’école a le devoir, tout comme les parents, d’amener les élèves à devenir de meilleurs citoyens capables de faire leur chemin dans la vie grâce à un bagage de connaissances, certes, mais aussi de compétences variées. En ce moment, ce que je constate, c’est qu’il est moins facile de pouvoir apprendre à son rythme et selon son profil d’apprenant à l’école qu’à l’extérieur de l’école. La réalité scolaire ne cadre pas dans la réalité sociale, c’est complètement une autre réalité où les outils et les règles ne sont pas les mêmes. Je vous vois réagir en me disant: « Oui, mais les jeunes n’apprennent pas avec leurs bebelles, ils textent, ils écoutent de la musique, ils jasent, ils jouent, ils chatent. » Évidemment! C’est ce qui leur est vendu, c’est ce qu’ils connaissent. On ne leur a pas ouvert la porte du « monde des possibles ». On leur interdit d’y entrer dans un contexte d’apprentissage…

Les parents disent qu’ils sont dépassés.

Les profs soutiennent qu’ils ne s’y connaissent pas et ont le besoin de tout contrôler et d’avoir réponse à tout pour se sentir compétents (je sais ce que je dis, j’en suis!), cela exclut donc l’utilisation des TIC puisqu’incontrôlables.

Cela nous laisse donc un topo désolant: la technologie s’empare de nous, nous détourne de notre humanité, nous rend colériques ou, pire, nous effraie tellement qu’on choisit de fermer les yeux.

C’est là que nait la troisième école de pensée, celle qui croit vraiment que l’on peut changer la situation. L’éducation passe par la maison et l’école, n’est-ce pas? On pourrait (malheureusement ou heureusement, mais bien incontournablement…) ajouter à cela la télévision et Internet.

Si on choisit que la perte de compétences sociales engendrée par l’utilisation inadéquate des TIC au quotidien est inacceptable et qu’il est inconcevable que les choses restent ainsi;

Si on veut que nos enfants puissent ne pas se laisser submerger par la technologie et être capables de jongler avec les variables inconnues qui, tous les jours, s’ajoutent au tableau de la réalité;

On se doit d’accepter que notre mandat d’éducateurs (je parle ici de tous ceux qui s’impliquent dans l’éducation des futurs citoyens, de ceux qui prendront la relève…) a changé. On ne peut plus seulement être des diffuseurs de connaissances. On n’accote pas la machine. Dur de le dire. Encore plus de l’accepter. Ce que l’on a et que la machine n’a pas, et n’aura jamais autant, c’est la capacité de réfléchir, de raisonner. On doit dorénavant être des guides. On doit parvenir à amener chacun des adultes de demain à développer sa capacité à raisonner, son système D, et ce, en tenant compte de la réalité dans laquelle il évolue et évoluera. À cela s’ajoute la nécessité de faire une rééducation sociale pour contrer les dérives comportementales inconscientes et l’importance de sensibiliser les gens aux nouveaux dangers de cette nouvelle réalité.

Jamais, personne ne parviendra à tout savoir du « monde des possibles » que la porte technologique a ouvert. Le mieux est d’être outillé pour marcher sur ces chemins tout en n’oubliant pas ce que nous sommes: des êtres fondamentalement humains.

Faisons que l’école se marie à la réalité, qu’elle dépasse ses murs, qu’elle accepte de ne plus être ce qu’elle était exclusivement, qu’elle évolue!