Archives Mensuelles: août 2017

X-X’ : se représenter le changement

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On entend souvent : « Soyez le changement que vous souhaitez voir s’opérer! » Cette phrase fait partie de la catégorie des « facile à dire! » Le concept de changement n’est pas simpliste, Marc-André Girard, dans son ouvrage Le changement en milieu scolaire québécois, c’est impossible, expose bien la dynamique complexe ( attention, complexe n’est pas synonyme de compliquée!) de changement. Il ne suffit pas de souhaiter quelque chose pour que ça survienne… Cela relève de la pensée magique ou du modus operandi de l’enfant-roi! Et plus on espère que quelque chose autour change, plus la colère grandit et gronde. Le fait est que le désir nait de l’individu qui perçoit la nécessité d’un changement dans la situation qu’il vit. Ainsi, il apparait logique de considérer cet individu comme faisant partie de l’équation de changement… ou du non-changement.

J’étais assise sur mon divan et j’observais tout le ménage qui devait être fait en additionnant les éléments, en allongeant la liste pour en faire une de renouveau printanier. Je suis restée sur mon divan, car la tâche est rapidement devenue beaucoup trop colossale! En fait, si j’avais ciblé ce qui m’aurait satisfaite ce jour-là (ramasser les traineries et passer la balayeuse), je me serais mise en action me sachant capable de rencontrer mes exigences du jour plutôt que de me laisser submerger par tous les « faudrait ben ». Quand on regarde les plans d’entrainement pour la course, on voit bien que l’objectif n’est pas le marathon dès le jour 1! Encore une fois, les grands pédagogues que furent les New kids on the blocks avaient raison : « Step by step »! Vigotsky, sans doute plus crédible que la précédente source, parle de la zone proximale de développement, ce qui est à la portée de l’individu à ce moment précis.

Pour passer de la situation actuelle à la situation souhaitée, il importe de savoir cibler ce qu’il est essentiel de changer, ce qui est problématique. On vise souvent très large : on veut tout régler. On souhaite que ce sur quoi on n’a pas de contrôle change. Ou on tire dans tous les sens et on s’épuise, on ne remarque pas ce qui a évolué et on est éternellement insatisfaits. C’est une lecture qui s’applique à plusieurs et dans beaucoup de domaines de la vie… n’est-ce pas? 🙂

J’étais en rencontre avec des collègues dont l’esprit scientifique n’était pas bien servi par mes mots, j’ai donc opté pour une schématisation en langage mathématique!
Et j’ai dessiné avec vigueur sur le tableau. J’aurais aimé dessiner sur les murs… Ça viendra!

« On a un point de départ, X. C’est la situation connue. On veut pouvoir effectuer un changement pour se rendre à X’. C’est la situation souhaitée, le moment où on sera satisfait. Pour ce faire, il faut engager des actions qui permettront que le changement désiré s’opère, que l’on passe X à X’ grâce à Y. Ce sont les actions choisies. »

X-X'.PNG

Est né de ce moment avec mes collègues que j’adore un schéma que l’on a appelé X-X’ et que l’on utilise pour bien comprendre une situation, pour aider à réguler une démarche de changement et pour garder le cap.

Ce que j’observe, c’est qu’il est vraiment facile de se laisser détourner, de perdre le fil, de changer de cible ou d’en ajouter plusieurs en cours de route. Il y a toujours de bonnes raisons. Les plus fréquentes sont le manque de temps ou le « mais ça aussi, c’est important! ». À ce moment, je me demande à quel point le changement identifié était le plus important. Peut-être n’était-il pas bien ciblé. Peut-être est-ce que « Y » demandait trop d’énergie ou d’effort. Peut-être a-t-on tenté une intervention (Y), rien n’a évolué et on a choisi de jeter la serviette d’un geste fataliste, découragé. Peut-être…

Tous ceux qui ont écrit au sujet de la dynamique motivationnelle et de l’engagement mettent en lumière les éléments qui peuvent alimenter ou tuer le désir de changement. D’abord, puisque les croyances sont ce qui guide nos actions, il est clair qu’une pensée défaitiste ou fixiste aura un impact sur notre capacité de changement. « J’ai tout essayé, il n’y a rien à faire. » « Je ne peux rien y faire, c’est à eux de changer. » « Je sais ce que je pourrais faire, mais je n’y arriverai pas. » « Imagine tout ce que je devrai faire en plus, j’en ai déjà suffisamment sur les bras. » Carol Dweck parle d’un état d’esprit qui influence nos actions (voir le billet sur le Growth mindset). En outre, ne pas savoir comment y arriver, ne plus voir d’issue possible, affecte la perception de contrôle sur la situation, facteur important dans l’engagement. Aussi, la réelle valeur que l’on accorde au changement souhaité est cruciale tout comme le sentiment de capacité à relever le défi. Si l’un ou l’autre de ces facteurs est altéré, la motivation est ébranlée et l’engagement en souffre.

À quel point veut-on que ça change (importance)? Sur quoi a-t-on du contrôle (réalisme)? À quel point se sent-on capable d’y arriver (confiance)? À quel point se permet-on d’essayer? Quelle est notre relation avec la notion « d’erreur »? Comment perçoit-on les tentatives qui n’apportent pas entièrement le changement souhaité?

Parfois, être accompagné, challengé, permet de gagner en confiance et de mieux cibler ce sur quoi on souhaite plancher. L’autre nous permet de prendre une distance et de regarder la situation avec une autre paire de lunettes. Quand on est trop près de l’arbre, on ne voit plus la forêt, dit-on! Pas fou!

Je dis toujours (avec chaque fois la chanson de Tonton David en tête) « Chacun son chemin »! Je suis persuadée que chaque individu peut réussir à avoir une influence plus qu’importante sur le changement qu’il souhaite réellement voir s’opérer. Je suis aussi persuadée qu’on peut tous être le partenaire de quelqu’un pour accompagner les réflexions, poser les bonnes questions, challenger les idées, les conceptions, ramener l’individu à son X-X’ et lui permettre de remarquer l’influence de ses actions (Y) sur la situation.

Bref, je veux connaitre ce que la personne vit (X) et ce qu’elle souhaite voir comme changement (X’). Je veux aussi lui permettre de trouver ce qui lui apparait être la première chose à faire (Y) pour que ce qu’elle souhaite qui change change. Je sais que la possibilité d’en parler avec un partenaire permet d’organiser sa pensée et de tracer son chemin. Je sais que ce n’est pas moi qui ai les réponses de l’autre. Il peut arriver qu’ensemble on mette de l’avant une tempête d’idées, que je mette en jeu certaines connaissances/expériences pour poser un regard différent sur la situation. Le choix revient à celui qui est au volant, aux commandes : l’individu sur son propre chemin.  « Fais confiance au chauffeur », dit Fred Pellerin, et quel conte ça donne!

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