CAP ou pas CAP

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J’entends toujours Guillaume Canet et Marion Cotillard quand je dis, je lis, j’écris « CAP ou pas CAP? » Ça sonne d’abord comme un challenge, un défi lancé. J’ai donné une touche de majusculisme à plusieurs lettres pour leur insuffler une deuxième vie sémantique. Dans les lignes qui se tailleront une place sur cette page, il ne sera pas question de cap comme dans capable, mais bien de CAP comme dans la force d’une équipe d’experts, le travail collaboratif entre professionnels de l’enseignement et comme dans l’apprentissage de tous, petits et grands. CAP comme dans une culture professionnelle socioconstructiviste qui prend racine dans un état d’esprit de développement (Growth mindset). 

Aparté:

Lucy Calkins et son équipe ont, pendant trente années, réfléchi à ce que signifiait enseigner l’écriture et la lecture. Ces chercheurs du quotidien ont expérimenté un enseignement morcelé. À quoi un auteur réfléchit-il quand il écrit? Quels sont les moyens auxquels il peut choisir de faire appel? En décortiquant ainsi une compétence, on la rend accessible et on permet aux apprenants de savoir ce qu’ils sont en train de faire, d’apprendre et d’en parler, de parler de leur écriture, de leur lecture.

Cette démarche, qui a donné naissance aux unités d’apprentissage détaillées, m’a amenée à me questionner au regard des CAP. À quoi un « CAPeur » réfléchit-il quand il s’inscrit dans une démarche au sein d’une CAP?  Quels sont les moyens auxquels les CAPeurs peuvent choisir de faire appel? Comment décortiquer le fonctionnement des CAP?  Plusieurs ressources existent pour nous informer sur la théorie entourant la mise en place de CAP : capsurlareussite.caPremier pas : transformation culturelle de l’école en communauté d’apprentissage professionnelle, etc. Les paramètres logistiques sont clairs: créer du temps de rencontre, déterminer un objectif de travail, observer la situation en cueillant des données, réfléchir aux ajustements à apporter à nos interventions pour guider l’apprentissage souhaité en le rendant accessible, en le morcelant, échanger  avec ses collègues pour prendre du recul, cueillir d’autres pistes, consolider ses choix professionnels et ainsi de suite toujours dans le but d’atteindre un objectif choisi.

Sur ces bases, concrètement, un CAPeur observe comment se manifeste l’apprentissage de l’élève, des élèves. Il se demande quels apprentissages, parmi ceux qui ont été guidés, sont faits et lesquels ne sont pas faits, quels apprentissages pourraient être faits pour continuer à développer des habiletés d’auteur, de lecteur, d’algébreur (!), d’organisateur, de musicien, d’animateur, etc. Autrement dit, il observe le travail de l’élève avec l’intention d’y trouver des manifestations d’apprentissages et de cibler la prochaine étape de cet élève ou de ces élèves. Il observe aussi pour planifier son enseignement et choisir des interventions adaptées.

Pour arriver à prendre cette distance et à préciser ses attentes, le CAPeur s’associe, il s’inscrit dans une communauté où chaque membre CAPeur a choisi de prendre part à une démarche collaborative où l’expertise, le bagage, les réflexions de chacun sont mis à profit. Dans les livres, on appelle ça le socioconstructivisme. Quand je dis des mots comme ça, on me dit d’arrêter de sortir des mots à 100$. Je le sors pareil! « Au yâbe les dépenses! »Ne me prêtez pas d’intention supposée, mon seul but est d’utiliser le vocabulaire spécifique à notre champ d’expertise, un métalangage commun aux professionnels en éducation que nous sommes.

Quand les CAPeurs parlent entre eux, ils se demandent aussi comment accompagner les élèves aux prises avec des difficultés pour les amener à progresser à partir de là où il sont.  Les praticiens réflexifs des CAP croient en l’existence de possibilités pour que chacun progresse et savent que les rythmes et les chemins sont variés. Chaque année, on espère que les groupes d’élèves qui s’installeront dans nos vies nous feront rencontrer des élèves ayant tous un point de départ, un « déjà-là » similaire. Chaque année, la réalité demeure: tous les élèves d’un même groupe ou d’un même niveau n’ont pas le même bagage pour diverses raisons. Une réalité. Un constat. Vous avez raison, cette situation n’est pas simpliste à gérer. Quand les dispositifs utilisés ne donnent pas satisfaction, on envisage des changements, et ce mot, dans la vie, c’est toujours inconfortable, voire effrayant! Quelle garantie de gains a-t-on à investir autant d’énergie à se rassembler? À quel point est-ce qu’on se sent en mesure de s’arrêter, au travers le tourbillon du quotidien, pour réfléchir sur la pratique? Pourrait-il y avoir jugement en cours de route? Est-ce nouveau comme contexte? Imprévisible? Oui! Bingo! Facteurs d’engagement et de stress rencontrés… pas étonnant qu’on hésite et que la zone d’action qu’on connait soit beaucoup plus attirante! Et là, on se rassemble, on met nos lunettes de praticiens réflexifs, on prend le recul nécessaire. On y arrive souvent ensemble. On observe ces réactions humaines que l’on vit, on les nomme s’il le faut puis on trouve des moyens de cheminer en respectant les limites, les freins de chacun, et en axant notre travail collaboratif sur notre objectif de pratique professionnelle: l’apprentissage. Les CAPeurs parlent des apprentissages faits et des apprentissages pas encore faits (not yet).

Quand les CAPeurs se rassemblent, se regroupent, deux choix s’offrent à eux. Soit ils font l’inventaire de ce qui ne va pas et misent sur la part de non-contrôle, soit ils unissent leurs forces, leurs connaissances, leurs compétences pour envisager diverses avenues d’accompagnement, pour nourrir les possibles. Les CAPeurs réussissent de plus en plus consciemment à emprunter volontairement la deuxième voie sachant la première plus chronophage et énergivore.

On sait qu’il n’existe pas de miracle one size fits all, que parfois, ça peut prendre des semaines, voire des années, pour trouver une clé. Gardons le cap sur notre objectif commun, navigons dans notre champ d’expertise, l’apprentissage, ensemble. Chacun a ses paramètres de vies, son bagage, c’est ce qui fait d’ailleurs de chacun ce qu’il est. Nous avons le privilège de pouvoir prendre part à des vies, nous avons une fenêtre d’influence importante dans la vie des gens que nous côtoyons au quotidien. Comme un ingénieur devant un pont à bâtir ou une structure complexe à réparer, bâtissons des chemins d’apprentissage et manoeuvrons aux coeur de ces structures complexes que sont les perceptions, les ancrages, les résistances, les croyances de chacun.

Si c’était simpliste, ça n’exigerait pas un travail de pros! Cela étant dit, ce n’est pas obligé d’être compliqué parce que c’est complexe, ce peut être simplement complexe et professionnellement traité!

Merci à tous ces collègues avec qui j’ai le plaisir de partager et d’apprendre tous les jours! Ensemble, on se permet, à notre rythme et selon les divers obstacles rencontrés, de devenir des CAPeurs, d’apprivoiser une autre façon de fonctionner tellement nourissante, mais aussi confrontante! C’est grâce à ces expériences, où on vit des tentatives, des essais, des ratés et aussi des succès, que les lectures théoriques prennent vie, et que ce billet s’écrit comme une réflexion partagée au sujet de ce qu’une CAP implique pour le professionnel qui choisit de s’y engager.

Alors, CAP ou pas CAP?

 

 

 

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