Réfléchir dans une optique de « Growth mindset »

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On m’a approchée dernièrement pour que je participe à un partage de pratiques, à titre de panéliste lors d’un webinaire au regard du Growth mindset. Dans les circonstances principalement collégiales et universitaires de ce second webinaire du CAPRES, mon 1er réflexe a été de douter de la pertinence de ma participation. Or, il se trouve que nous travaillons tous et toutes avec des individus qu’ils soient élèves, étudiants, collègues enseignants, CP, directeurs…

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C’est donc sur cette base commune de travail avec l’individu que je me suis jointe à l’équipe de panélistes avec l’intention de partager très humblement là où, jusqu’à maintenant, réflexions partagées, lectures et analyses de pratiques m’ont menée, et ce, au regard du Growth mindset.

D’abord, voici une représentation sommaire de la théorie du Growth mindset de Carol DweckCe cadre théorique permet une prise de conscience de l’impact du discours interne de l’individu sur sa façon d’aborder les situations. Cet état d’esprit est alimenté par de nombreuses expériences vécues, paroles entendues, attentes perçues, etc.

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Dans cette représentation du Growth mindset, la zone d’influence qui est la nôtre, c’est cet espace entre l’état d’esprit figé et celui en perpétuel développement. Chacun de nos choix d’intervention peut avoir une incidence sur le renforcement de l’un ou l’autre de ces états d’esprit.

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Nos croyances, nos conceptions

Nos propres conceptions relatives à l’intelligence, l’autonomie, ce qu’est un bon apprenant, un bon lecteur, etc. influencent nos actions ou nos paroles qui, elles, induisent l’un ou l’autre de ces états d’esprit. Lorsqu’on aborde un sujet dans une optique d’apprentissage, amener ces conceptions au conscient permet de poser un regard beaucoup plus lucide sur l’objet à l’étude et sur l’état d’esprit de l’apprenant.

La planification et l’évaluation

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Une planification de l’apprentissage est souvent linéaire et alimente un état d’esprit fixiste. Or, la réalité nous a montré à maintes reprises qu’elle s’efforçait de modifier tous les itinéraires en les pimentant d’obstacles. En ce sens, planifier le parcours en tenant compte de sa non-linéarité, de la nécessité de l’effort pour surmonter les obstacles alimentera une état d’esprit tout autre.

Une planification au service d’un Growth mindset rend visible le point d’arrivée (les objectifs d’apprentissage) dès le début de l’aventure, amène au conscient les acquis de chacun qui serviront son avancement et met en lumière les obstacles possibles et des pistes de solution. C’est la phase de préparation. Ainsi pilotée, elle inclut l’élève dans l’aventure d’apprentissage, lui redonne une part de contrôle et lui fait voir la valeur, l’utilité de l’aventure d’apprentissage.

S’ensuit la phase de réalisation lors de laquelle l’apprenant apprend, explore, organise, structure l’objet d’apprentissage. Pendant cette phase, des évaluations d’aide à l’apprentissage ont lieu parfois sous forme de rétroaction spécifique axée sur les processus (nous y reviendrons bientôt), parfois sous forme d’évaluation formative permettant à l’élève de mettre à l’épreuve les apprentissages faits jusqu’alors afin de mettre en évidence le chemin parcouru et celui qui lui reste à parcourir.

« Quand on sait ce qu’on ne sait pas, on peut apprendre », affirme le désormais très célèbre John Hattie.

Grâce à cette évaluation « formative » en cours de parcours, l’apprenant peut corriger le tir. On peut l’amener à s’associer à d’autres camarades susceptibles de l’aider à réfléchir à ses apprentissages, à surmonter les difficultés, procéder à des regroupements par sous-groupes de besoins ciblés, animer des mini-leçons, etc. Ce sont quelques-unes de nombreuses interventions qui peuvent être menées pour guider la suite à partir des constats de mi-parcours.

La phase d’intégration est une phase incontournable dont on sous-estime souvent le pouvoir. C’est lors de cette phase qu’on permettra à l’apprenant de poser un regard sur l’impact des choix qu’il a faits au regard de sa progression, de sa réussite. Qu’est-ce que tu as déployé comme stratégies? Que t’ont-elles permis de faire? Si tu pouvais revenir en arrière, que ferais-tu différemment?

L’objectif de la phase d’intégration est de mettre en lumière tout ce qui sous-tend la réussite, le processus inhérent. Ce qui souvent reste dans le monde de l’inconscient. Il s’agit de faire prendre conscience à l’apprenant qu’il a le pouvoir de faire en sorte que les choses arrivent. Que le succès ne peut être occasionné par personne d’autre que lui. Demander de l’aide est une stratégie qu’il choisit de déployer au même titre que celle d’essayer, d’écouter les conseils, d’être attentif devant une modélisation, de participer à une pratique guidée, à un webinaire(!), etc.

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La rétroaction

La rétroaction aussi est un élément d’influence non négligeable. En fait, formulée adéquatement, la rétroaction incite l’éclosion du growth mindset en faisant prendre conscience à l’élève de son processus et du contrôle qu’il peut avoir sur sa réussite, alors que formulée de manière inadéquate, elle peut faire des ravages.

Une rétroaction inefficace, voire dommageable, est non spécifique, se présente sous forme de louanges, est axée sur l’être plutôt que sur ses actions et alimente le fixed mindset.

C’est beau! Ce n’est pas bon. B+. Tu peux faire mieux. S. Ce n’est pas tout à fait ça, quelqu’un sait? Wow! Tu es intelligent! Tu es bon! Tu es rapide! T’es un petit vite toi! Ouf! Tu n’es pas vite, vite!

Une rétroaction efficace est spécifique et axée sur le processus

Le fait que tu aies choisi de faire cela en premier t’a permis de…, Tu as choisi d’agencer le mauve et le rouge, es-tu satisfait du résultat? Ici, ce n’est pas le bon choix de pronom personnel. Je suis fière de toi: quand tu as rencontré un obstacle, tu as accepté l’aide de ton camarade.

Le délai de rétroaction influence son incidence. Plus la rétroaction est éloignée de l’action, moins elle a d’impact durable sur l’apprentissage.

 

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La pratique réflexive ou encore l’analyse de pratique

Il s’agit d’un autre angle d’intervention qui peut influencer l’état d’esprit de l’individu. Lorsqu’on se permet humblement un temps d’arrêt pour expliciter sa pratique, ses actions et leurs fondements, que l’on met en évidence les similitudes et les différences entre sa pratique et celle d’un autre ou encore d’un cadre théorique, qu’on identifie les forces et les limites de chacune et qu’on s’efforce de percevoir la transférabilité de certains éléments dans notre propre pratique, on favorise l’éclosion du growth mindset. Au contraire, lorsqu’on s’isole et qu’on craint le regard de l’autre, on cristallise un état d’esprit figé.

 

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Cette image illustre le fait que de cultiver un état d’esprit figé où le savoir est la clé peut être confortable puisqu’on se sent en contrôle. Or, la zone où tout devient possible est celle où on se permet de se questionner, de réfléchir, et celle où on se laisse surprendre par ce qui survient est celle où on se permet d’essayer, de se tromper, de créer…

Des outils intellectuels

Que ce soit au regard de nos croyances/conceptions, de notre planification/évaluation, de la rétroaction ou d’une analyse de pratique, des outils intellectuels sont essentiels pour guider nos interventions.

J’en ai retenus trois, les trois principaux, c’est-à-dire les six sphères du questionnement métacognitif, la théorie du stress exposée par Sonia Lupien et la dynamique motivationnelle dont l’appellation provient de Viau, mais dont les fondements sont consolidés par moult auteurs, en d’autres termes, dont Bandura (SEP) et Boekaerts.

La vie en rose!?

Exposée ainsi, une pratique axée sur la conscience de l’influence de nos actions peut paraitre rosée. Y a-t-il des obstacles sur ce parcours? Des défis? Certes. La culture de l’enseignement où l’enseignant sait et transmet, la culture de l’apprentissage où la progression est linéaire, où le point de départ de tous doit être similaire, et la culture de l’évaluation qui sert quasi exclusivement à sanctionner sont à remanier. Plusieurs facteurs externes interviennent dans cette analyse. Un état d’esprit figé nous amènerait à ne prendre que ça en considération et donc à conclure que nous subissons ces circonstances. Or, puisque nous sommes dans un état d’esprit où le développement est perpétuel, nous savons que nous pouvons faire en sorte que les choses changent, en commençant par une pratique réflexive sur nos actions individuelles.

Les principaux défis ont trait à l’individu, à ce discours interne déjà bien ancré, figé, à cette ouverture à la réflexion. L’individu, c’est moi, c’est vous, c’est lui, c’est elle.

Au début, je vous ai mentionné que je doutais de la pertinence de ma participation pour des raisons circonstancielles. C’est ce fixed mindset qui s’imposait. En m’inscrivant consciemment dans un growth mindset, j’ai influencé l’individu que je suis à essayer, à réfléchir, à partager, à s’engager.

 « Il ne faut jamais sous-estimer l’influence que l’on peut avoir sur les autres » – Pierre Demers

 

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