Apprentissage ou rentabilité, là est la question…

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Les recherches montrent que la diminution du nombre d’élèves influence peu l’apprentissage.
Ce n’est pas un facteur très influent, soit. Il l’est tout de même plus que le redoublement…
A-t-on démontré qu’en ajouter ne diminuait pas les chances d’accéder au processus d’apprentissage de chacun? Pas que je sache.
C’est cet accès qui est garant du plus grand impact sur l’apprentissage, coeur de l’éducation.
Nous le savons. Nous le comprenons. Ce souci s’est déjà nommé « différenciation ». Il a été galvaudé comme ses semblables « pédagogie par projet » et « élève actif au coeur de son apprentissage ». Ce sont des indicateurs que, sur le terrain, il y a des obstacles à l’atteinte de notre objectif social qu’est l’apprentissage. Quels sont ces obstacles?

Malgré la vocation, on entend « je n’ai pas le temps », « avec les groupes que j’ai… »
Malgré la passion, on voit du découragement,  du désengagement, de la colère, de la fatigue.
Dans le rapport de l’OCDE, Comment apprend-on?, on lit que la motivation et les émotions sont les deux piliers de l’apprentissage.
Pour qu’il y ait motivation, Viau, Bouffard, Bandura et Boeakarts s’entendent, il faut qu’il y ait croyance en la valeur de ce que l’on doit faire, à nos yeux, mais aussi aux yeux des autres puisque les commentaires de nos proches influencent nos croyances motivationnelles tout comme la comparaison sociale et les expériences antérieures.em
Porteur de tout ce bagage, on développe un sentiment d’efficacité en certaines circonstances.

Ce SEP de Bandura diminue lorsque la situation que l’on vit nous place dans un état où notre sens du contrôle est limité, où notre personnalité est menacée par le jugement des autres à l’égard de qui nous sommes comme professionnels, indiscociables de qui nous sommes comme êtres humains, où l’imprévisible et la nouveauté s’abattent pour amplifier le déséquilibre. (SPIN ton stress de Sonia Lupien)
Dans ces circonstances où on se sent impuissant, sans ressources devant l’ampleur d’une tâche, la motivation diminue. À quoi bon essayer si c’est pour échouer?

Nous savons ce qui doit être fait en education: centrer toutes nos énergies sur « le Comment apprend-on? », devenir des enseignants chercheurs des meilleurs moyens pour accompagner l’apprentissage +1 de chaque élève,  chaque jour.

Avant de prendre une décision quant au nombre d’élèves que devrait compter un groupe d’apprenants, demandons-nous si cette décision soutiendra l’apprentissage, laissera aux enseignants du temps pour se rencontrer pour parler pédagogie et apprentissage plutôt que cas comportementaux d’élèves qui, dépassés et constamment confrontés à l’échec scolaire (donc social), perturbent et traitent avec colère cette école qui n’a pas le temps de l’accompagner, lui, dans SA difficulté. Son voisin non plus. D’ailleurs, ils se sont associés pour fuir le travail.  Par paresse? Parce qu’ils n’aiment pas l’école? Ou parce que peu importe leurs efforts , ils n’y parviennent pas et, puisque, ils le savent, la réussite scolaire est reconnue par tout le monde comme primodiale, un travail non réussi de plus ne saurait que leur renvoyer au visage l’image honteuse de l’échec. Ils ne sont pas à la hauteur… socialement…concluent-il. Et leur SEP à eux? Et leur engagement… et leurs émotions?  Avant de pouvoir aspirer à voir naître dans le coin de l’oeil de ces élèves le plaisir de la curiosité satisfaite par un apprentissage ou la fierté de l’accomplissement et du dépassement, il faudra que l’enseignant ait pu l’accompagner dans son +1 quotidien qui, dans son cas, ressemble plus à désancrer une croyance démotivationnelle plutôt qu’à parvenir à définir son profil de lecteur ou à s’exercer pour maîtriser la correction de ses participes passés en vue de sa prochaine PE. D’ailleurs, il n’aime plus lire. Ni écrire.

Est-ce en ajoutant à la liste des noms d’un groupe celui de Jérôme qu’on saura le guider vers l’apprentissage? Et Tom qui a besoin de soutien émotif?  Et Doryanne qui voudrait bien tenir une main pour pouvoir se sécuriser devant les obstacles qu’elle rencontre en voulant tranquillement réapprendre à apprendre? Et Samuel qui cache sa tristesse derrière une colère impulsive chaque fois que Gabriel, qui rêve d’être à l’extérieur en train de couper des branches d’arbres avec son père émondeur, le nargue? Et Josianne qui, portant lourdement le poids de sa dyslexie dans le cadre scolaire, aimerait ne pas être laissée derrière son ordinateur, car il l’aide mais ne saura jamais lui donner ce sentiment d’appartenance à un groupe? Et les 26 autres de ce groupe? Et les 62 autres de mes deux autres groupes que je vois après mon heure de dîner pendant laquelle je devrai appeler les parents de certains de mes poussins pour leur parler appentissage pensez-vous? Non, pour leur parler comportement, car l’appentissage, on n’a ni le temps, ni l’argent pour en parler!

Ce n’est pas le nombre d’élèves dans un groupe qui détermine la qualité de l’appentissage de chacun, ce sont les actions pédagogiques qu’on pose. Certes! Actions pédagogiques qui, rappelons le, doivent être adaptées à chacun… Parmi ces actions: la planification de la séquence d’apprentissage dont le point de départ diffère pour chacun des élèves, lors de laquelle des obstacles sont à prévoir pour quelques moussaillons, au coeur de laquelle des évaluations qu’on a pris le temps de réfléchir pour qu’elles permettent de faire une prise de données révélatrice de la progression de chacun vers l’apprentissage visé s’ajoutent. Si Tom ne suit pas, il me faut pouvoir prendre le temps, avec lui, d’identifier où se trouve l’obstacle dans son processus d’apprentissage. Parfois, je me sentirai impuissante. J’aurai besoin de formation continue (lecture, groupes d’échanges professionnels, etc.) ou de temps pour bénéficier des lumières de mes collègues  (CAP, méthode Porter, etc.).

Mais, je me souviens, le temps, c’est de l’argent et nous n’avons ni l’un ni l’autre alors… mon SEP? Mon engagement? Ma motivation?

Eh puis, tiens, ajoutons-en des élèves. Pour l’instant, j’ai bien compris, ce n’est pas l’apprentissage qui compte. Et on ne peut pas tous les sauver, c’est ça?
Ces lieux communs rassurent, non?
Un jour, en éducation,  on parlera d’apprentissage. Pour l’instant, parlons rentabilité…

Quand on aura le temps, dans le cabinet du ministre Dr Bolduc, spécialiste des cordons de la bourse de l’apprentissage, entre deux coupures culturelles et deux massacres sociaux, on lira les rapports d’enquête de l’OCDE, on lira Baillargeon et Hattie, Barth, Viau, Tardif, Archambault, Meirieu, Willingham et tous les autres. Eux parlent d’apprentissage. Ils envisagent l’éducation à partir de la classe lieu sacré de rien d’autre que de l’apprentissage.

En attendant Godot, je regarde le spectacle inspirant de ces directeurs qui, malgré les temps de vache maigre et les obligations de rentabilité en % de réussite, choisissent d’acheter du temps pour que leur équipe agisse en CAP; le spectacle, aussi, de ces enseignants qui continuent, malgré une impression marquée qu’on ne reconnait pas socialement leur travail, à explorer les divers chemins vers Apprentissage Land.

Parce que, simplement, on y croit.
Et vous?

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