Archives Mensuelles: décembre 2014

Apprentissage ou rentabilité, là est la question…

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Les recherches montrent que la diminution du nombre d’élèves influence peu l’apprentissage.
Ce n’est pas un facteur très influent, soit. Il l’est tout de même plus que le redoublement…
A-t-on démontré qu’en ajouter ne diminuait pas les chances d’accéder au processus d’apprentissage de chacun? Pas que je sache.
C’est cet accès qui est garant du plus grand impact sur l’apprentissage, coeur de l’éducation.
Nous le savons. Nous le comprenons. Ce souci s’est déjà nommé « différenciation ». Il a été galvaudé comme ses semblables « pédagogie par projet » et « élève actif au coeur de son apprentissage ». Ce sont des indicateurs que, sur le terrain, il y a des obstacles à l’atteinte de notre objectif social qu’est l’apprentissage. Quels sont ces obstacles?

Malgré la vocation, on entend « je n’ai pas le temps », « avec les groupes que j’ai… »
Malgré la passion, on voit du découragement,  du désengagement, de la colère, de la fatigue.
Dans le rapport de l’OCDE, Comment apprend-on?, on lit que la motivation et les émotions sont les deux piliers de l’apprentissage.
Pour qu’il y ait motivation, Viau, Bouffard, Bandura et Boeakarts s’entendent, il faut qu’il y ait croyance en la valeur de ce que l’on doit faire, à nos yeux, mais aussi aux yeux des autres puisque les commentaires de nos proches influencent nos croyances motivationnelles tout comme la comparaison sociale et les expériences antérieures.em
Porteur de tout ce bagage, on développe un sentiment d’efficacité en certaines circonstances.

Ce SEP de Bandura diminue lorsque la situation que l’on vit nous place dans un état où notre sens du contrôle est limité, où notre personnalité est menacée par le jugement des autres à l’égard de qui nous sommes comme professionnels, indiscociables de qui nous sommes comme êtres humains, où l’imprévisible et la nouveauté s’abattent pour amplifier le déséquilibre. (SPIN ton stress de Sonia Lupien)
Dans ces circonstances où on se sent impuissant, sans ressources devant l’ampleur d’une tâche, la motivation diminue. À quoi bon essayer si c’est pour échouer?

Nous savons ce qui doit être fait en education: centrer toutes nos énergies sur « le Comment apprend-on? », devenir des enseignants chercheurs des meilleurs moyens pour accompagner l’apprentissage +1 de chaque élève,  chaque jour.

Avant de prendre une décision quant au nombre d’élèves que devrait compter un groupe d’apprenants, demandons-nous si cette décision soutiendra l’apprentissage, laissera aux enseignants du temps pour se rencontrer pour parler pédagogie et apprentissage plutôt que cas comportementaux d’élèves qui, dépassés et constamment confrontés à l’échec scolaire (donc social), perturbent et traitent avec colère cette école qui n’a pas le temps de l’accompagner, lui, dans SA difficulté. Son voisin non plus. D’ailleurs, ils se sont associés pour fuir le travail.  Par paresse? Parce qu’ils n’aiment pas l’école? Ou parce que peu importe leurs efforts , ils n’y parviennent pas et, puisque, ils le savent, la réussite scolaire est reconnue par tout le monde comme primodiale, un travail non réussi de plus ne saurait que leur renvoyer au visage l’image honteuse de l’échec. Ils ne sont pas à la hauteur… socialement…concluent-il. Et leur SEP à eux? Et leur engagement… et leurs émotions?  Avant de pouvoir aspirer à voir naître dans le coin de l’oeil de ces élèves le plaisir de la curiosité satisfaite par un apprentissage ou la fierté de l’accomplissement et du dépassement, il faudra que l’enseignant ait pu l’accompagner dans son +1 quotidien qui, dans son cas, ressemble plus à désancrer une croyance démotivationnelle plutôt qu’à parvenir à définir son profil de lecteur ou à s’exercer pour maîtriser la correction de ses participes passés en vue de sa prochaine PE. D’ailleurs, il n’aime plus lire. Ni écrire.

Est-ce en ajoutant à la liste des noms d’un groupe celui de Jérôme qu’on saura le guider vers l’apprentissage? Et Tom qui a besoin de soutien émotif?  Et Doryanne qui voudrait bien tenir une main pour pouvoir se sécuriser devant les obstacles qu’elle rencontre en voulant tranquillement réapprendre à apprendre? Et Samuel qui cache sa tristesse derrière une colère impulsive chaque fois que Gabriel, qui rêve d’être à l’extérieur en train de couper des branches d’arbres avec son père émondeur, le nargue? Et Josianne qui, portant lourdement le poids de sa dyslexie dans le cadre scolaire, aimerait ne pas être laissée derrière son ordinateur, car il l’aide mais ne saura jamais lui donner ce sentiment d’appartenance à un groupe? Et les 26 autres de ce groupe? Et les 62 autres de mes deux autres groupes que je vois après mon heure de dîner pendant laquelle je devrai appeler les parents de certains de mes poussins pour leur parler appentissage pensez-vous? Non, pour leur parler comportement, car l’appentissage, on n’a ni le temps, ni l’argent pour en parler!

Ce n’est pas le nombre d’élèves dans un groupe qui détermine la qualité de l’appentissage de chacun, ce sont les actions pédagogiques qu’on pose. Certes! Actions pédagogiques qui, rappelons le, doivent être adaptées à chacun… Parmi ces actions: la planification de la séquence d’apprentissage dont le point de départ diffère pour chacun des élèves, lors de laquelle des obstacles sont à prévoir pour quelques moussaillons, au coeur de laquelle des évaluations qu’on a pris le temps de réfléchir pour qu’elles permettent de faire une prise de données révélatrice de la progression de chacun vers l’apprentissage visé s’ajoutent. Si Tom ne suit pas, il me faut pouvoir prendre le temps, avec lui, d’identifier où se trouve l’obstacle dans son processus d’apprentissage. Parfois, je me sentirai impuissante. J’aurai besoin de formation continue (lecture, groupes d’échanges professionnels, etc.) ou de temps pour bénéficier des lumières de mes collègues  (CAP, méthode Porter, etc.).

Mais, je me souviens, le temps, c’est de l’argent et nous n’avons ni l’un ni l’autre alors… mon SEP? Mon engagement? Ma motivation?

Eh puis, tiens, ajoutons-en des élèves. Pour l’instant, j’ai bien compris, ce n’est pas l’apprentissage qui compte. Et on ne peut pas tous les sauver, c’est ça?
Ces lieux communs rassurent, non?
Un jour, en éducation,  on parlera d’apprentissage. Pour l’instant, parlons rentabilité…

Quand on aura le temps, dans le cabinet du ministre Dr Bolduc, spécialiste des cordons de la bourse de l’apprentissage, entre deux coupures culturelles et deux massacres sociaux, on lira les rapports d’enquête de l’OCDE, on lira Baillargeon et Hattie, Barth, Viau, Tardif, Archambault, Meirieu, Willingham et tous les autres. Eux parlent d’apprentissage. Ils envisagent l’éducation à partir de la classe lieu sacré de rien d’autre que de l’apprentissage.

En attendant Godot, je regarde le spectacle inspirant de ces directeurs qui, malgré les temps de vache maigre et les obligations de rentabilité en % de réussite, choisissent d’acheter du temps pour que leur équipe agisse en CAP; le spectacle, aussi, de ces enseignants qui continuent, malgré une impression marquée qu’on ne reconnait pas socialement leur travail, à explorer les divers chemins vers Apprentissage Land.

Parce que, simplement, on y croit.
Et vous?

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« Chaque jour : +1 »

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Chacune des brindilles de gazon porte maintenant son manteau blanc. L’hiver s’est installé. Lorsqu’on respire à l’extérieur, l’air qui entre glace nos paroies nasales et celui qui sort nous plonge dans un nuage de fumée. C’est un signe hivernal! Et sur cette neige, des paillettes pétillantes de soleil. Décor propice à la réflexion!

Nous avons tous vu défiler sur les médias sociaux les messages illustrés à la morale qui fait du bien. « Here, it’s where magic happens », vous l’avez vu? Voyez-vous ce cercle défini en périphérie éloignée duquel un point se tient fier sous cette phrase de moins de dix mots qui secouent? Non? La voilà!

 

 

Eh bien, chaque fois, en effet, que je me suis aventurée vers ce point, quelque chose de magique est né. Or, ce n’est pas du tout survenu de la manière que j’escomptais. C’est pour ça que je ne la voyais pas s’opérer, cette magie. Et le doute s’installait, et je revenais en lieu sûr, là où la certitude apaise. Chaque soir pourtant, je regarde au loin ce point-citation comme une étoile, mais la dernière fois que je l’ai approché, mes attentes ont été déçues. Déception, doute, désengagement. Mais sécurité. Peut-être le mystère de la foi est-il grand, mais celui de la peur l’est mille fois plus. Ventre noué, quinte de larmes, insomnie, stress, fatigue, sentiment d’inachevé, je construis le champ lexical de la peur.

« Chaque jour, +1 », aurait dit en français John Hattie, s’il eut parlé cette langue. Depuis que j’ai choisi l’enseignement, depuis que j’ai choisi l’apprentissage, chaque jour, j’ai fait +1. Chaque jour. Je ne me souviens que d’un petit nombre d’entre eux. Parfois, c’est en me remémorant hier que je parviens à les voir. Mais hier, je ne le voyais pas, j’avais l’impression d’avoir reculé. Hier avait fait naitre découragement, doute et déception. Par chance, aujourd’hui est toujours là et demain existe encore!

+1  grâce à ces enseignants passionnés et inspirants qui m’ont fait gouter à une école savoureuse.

+1 grâce à mes collègues de classe avec qui j’ai appris lors de nos soirées d’études. Ce que nous avons appris en questionnant la pertinence de certains travaux, de certaines notions! On apprenait à réfléchir, à tenter de trouver un sens! Seule, ça tourbillonnait! Parfois, c’était bon de pouvoir normaliser, partager, développer avec des pairs, amis, partenaires dans l’apprentissage!

+1 grâce à la curiosité.

+1 grâce à ces quatre enseignants qui m’ont accueillie comme stagiaire. Je ne pense pas qu’on octroie assez d’importance à ces rencontres professionnelles… Les stages sont, en fait, un accès privilégié et généreux à la réalité scolaire guidé par un expert du quotidien de la classe. Il n’y a rien de plus vrai que ce qui se passe dans une classe pour apprendre l’enseignement et voir s’opérer la dynamique de l’apprentissage.

+1 grâce à ces @ et # qui se sont mis à défiler sur un fil d’actualité qui me nourrit de ce que j’ai demandé. Twitter et les groupes Facebook permettent même un +1 à la seconde! Cela peut mener à une saturation. À consommer avec modération! Posologie : +1 au besoin.

+1 grâce aux défis que mes élèves m’ont lancés, chaque jour en ne comprenant pas, en disant que c’était impossible, que ça n’avait pas rapport, … Chaque fois, ils m’ont amenée à mieux comprendre les processus d’apprentissage, l’importance des deux piliers que sont les émotions et les sentiments. Ce n’est pas survenu sans ces phases de déception, de doute et de désengagement pourtant, mais aujourd’hui, je vois tous les +1.

+1 grâce aux défis professionnels qu’on m’offre de relever. Vivre l’enseignement-apprentissage en ayant le privilège de pouvoir regarder la situation d’un autre angle, c’est inestimable! Chacune des composantes organisationnelles de l’enseignement-apprentissage compte, joue un rôle, influence, a un impact sur l’apprentissage, cœur de l’éducation. Chaque +1 professionnel se constate entre moult instants de déception et de doute momentanés.

+1 grâce à mes collègues dont l’expertise, différente de la mienne, est complémentaire et nourrissante. Il m’arrive de m’imaginer ce qu’une chaine d’addition de notre expertise à chacun pourrait donner comme résultat. Le total serait pétillant! Les CAP (communautés d’apprentissage professionnel) sont le moteur d’un travail où l’expertise de chacun fait tourner le moteur. Je me retrouve, apprenante perpétuelle, à construire le sens avec mes collègues, à questionner, à réfléchir, à expérimenter, à partager.

+1 grâce aux résultats de recherche en éducation. J’aime découvrir cette séquence d’analyse, ce cercle perpétuel de l’apprentissage.

ASirard

 

On n’a pas toujours la solution au moment où on croise un obstacle. Chaque fois, on a deux choix : « aller vers » ou « éviter de ». En « allant vers », on choisit de persévérer, de croire qu’il y a un moyen, ne serait-ce que de changer de chemin, d’accepter l’expertise des autres en la matière pour franchir cet obstacle qu’on peut considérer comme insurmontable à prime abord. « Aller vers » ne signifie pas que la peur n’est pas là… En « évitant de », on refuse d’accepter qu’on a d’autres possibilités, on décrit l’embuche, on est déçu, on doute, on se désengage.

Ce matin, en regardant les cristaux sur la neige, j’ai fait rouler la roue…

Les chercheurs font une prise de données, l’interprètent, choisissent une piste, l’explorent puis refont une prise de données et ainsi de suite jusqu’à l’atteinte de l’objectif qu’ils se sont fixé. Là, peut-être qu’un autre sera fixé. Les objectifs sont faits pour être atteints sans quoi le sentiment d’accomplissement ne vient jamais! Comment saurais-je que je réussis? Est-ce que cela ne se calcule qu’en pourcentage, en argent, en matériel ou en nombre d’amis? La réussite n’est-elle que sociale? La réussite, c’est de pouvoir se dire qu’on a fait, chaque jour, +1. Et ce +1, il dépend du point de départ de chacun. +1 ajouté à une équation demeurera toujours +1, il aura la même valeur.

Et la roue tourne.

Point de départ : la solitude de Jérémy.

Prise de données : faits de vécu, constats d’attitude, émotions nommées

Interprétation : fausse croyance (les faits prouvent que la croyance est fausse, mais bien ancrée) née d’émotions perçues comme vraies

Choix d’objectif : rendre visibles les occupations sociales du quotidien pour que soient aussi visibles les pleins, pas que le vide, impression de la solitude.

Choix de l’intervention et expérimentation : au quotidien, un calendrier est rempli et un bonhomme attitude est dessiné pour illustrer l’état émotif.

Prise de données : combien de jour l’émotion positive était au rendez-vous? Qu’est-ce que ces jours avaient de particulier? Quel contrôle as-tu eu sur ce qui se passait ces mêmes journées? Es-tu surpris du nombre de jours où tu ne te sentais pas seul? Qu’est-ce que cela te dit?

Interprétations : …

Choix d’objectif :…

Choix d’intervention et expérimentation :…

Prise de données : …

 

Peu importe le point de départ.

Professionnel, relationnel, monétaire, caractériel, émotionnel, etcaetérel.

 

* L’idée du +1 provient de Visible learning for teachers de Hattie, 2012.