Archives Mensuelles: février 2014

Transition

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S’attacher.

Il n’était pas question d’attacher sa ceinture.

Il ne s’agissait pas non plus de fixer ses lacets.

Je parle de ce qui s’installe entre un enseignant et ses élèves en cours d’année. Et vice versa. La confiance et l’attachement, dirait Richard Robillard, porteur de la théorie de l’intelligence émotionnelle. Maslow parlerait de la sécurité et de l’appartenance.

Juin est un ancrage. Lorsque septembre ouvre le bal, on sait que la danse prendra fin en juin. On en connait aussi les pauses.

Ce qu’on ne connait pas ce sont les intersections qu’il est possible que l’on croise…

… et la transition à opérer dans la chorégraphie.

Apprendre à danser avec un nouveau partenaire.

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Une césure, une rupture, en cours d’année, lorsqu’elle est connue, peut gagner à devenir une transition orchestrée plutôt qu’une coupure tranchante.

Oui, mais comment?

J’ai eu à me pencher sur la question.

En décembre dernier, j’ai dû annoncer à mes élèves que leur aventure en français, cette année, serait teintée de l’apport d’un autre enseignant pour la seconde portion d’année. Comment annoncer cela? Comment déjà préparer la place?

« Je dois vous dire quelque chose. J’aimerais que vous soyez heureux pour moi, mais quelle que soit votre réaction, elle sera correcte… On m’a proposé un défi. Comme on en a déjà parlé souvent, chaque choix apporte son lot de conséquences. Certaines sont positives, d’autres moins. La décision que j’ai dû prendre impliquait que vous poursuiviez votre année avec un autre enseignant. »

J’ai douté jusqu’au 20 décembre. J’ai douté jusqu’à la dernière minute.

Devais-je leur dire avant ou après Noël?

Sachant que le nouvel enseignant allait prendre le relais dès le retour des fêtes, une amie psychologue dans le milieu de l’éducation m’a fortement recommandé d’en faire l’annonce avant, et ce, sous le thème de la célébration. Célébrer les beaux mois passés ensemble et la richesse de ce qui viendra. En outre, ils disposeraient d’un temps d’arrêt pour gérer leur réaction et se faire à l’idée.

C’est donc ce qui a été fait.

Des élèves ont pleuré, d’autres ont questionné, une a quitté en claquant la porte (je l’ai suivie du regard, calme, en lui précisant que son retour, aussitôt qu’elle s’en sentirait capable, m’importait), certains sont restés sans mot et une d’entre eux a pris la parole :

« Anick, tu nous as toujours dit de foncer, de relever des défis, de tenter des choses. Là, tu nous montres que c’est ça pour vrai qu’il faut faire. Tu pleures. On le sait que tu ne nous abandonnes pas. On le sait que tu as pris la meilleure décision. C’est juste plate parce que nous aussi on t’aime.  Nous aussi on va avoir un défi à relever de finir l’année sans toi!»

Voilà! Chers enfants! Vous m’épaterez toujours!

Et la place était béante. Vide. Je l’ai tout de suite remplie.

Mathieu.

Et il avait déjà sa place. Pas la mienne. La sienne, celle de celui qui poursuivrait l’aventure avec eux, de celui qui les supporterait.

La cloche a sonné le début des vacances. 32 minutes plus tard, j’apprenais que la transition serait reportée. Concours de circonstances.

Il fallait que Mathieu ait sa place d’enseignant au retour des vacances. Que ce soit déjà sa classe. C’est ce à quoi serait préparé le cerveau de ces ados…

C’est grâce à une vidéo qu’il a accepté de tourner que Mathieu a mis le pied en classe, comme annoncé, dès le retour des fêtes.

Et j’ai pris le rôle de la remplaçante. Pendant une semaine, j’ai nommé le nom de leur enseignant à répétition l’impliquant dans chacune des prises de décision.

Et, en guise de premier contact, j’ai proposé une communication orale où les élèves étaient appelés à se présenter à leur nouvel enseignant. Quels étaient les aspects à aborder pour s’adapter à la situation de communication? Quelles étaient les informations à privilégier pour bien aiguiller ce nouveau capitaine de navire? Qu’était-il important qu’il connaisse pour pouvoir reprendre le gouvernail pour garder le cap?

L’exercice d’analyse des paramètres de la situation de communication a apporté beaucoup de bienfaits. La conscience de la réalité du destinataire a suscité le développement d’une forme d’empathie envers leur nouvel enseignant. C’était aussi ardu pour lui.

Et lundi arrive. Et les présentations commencent. Et dès la fin de la première journée, chacun des élèves a pu faire connaitre sa couleur académique, comportementale et personnelle. Nous avons assisté à des bijoux de présentations honnêtes.

Et je leur ai dit au revoir.

Je pense encore beaucoup à eux. Beaucoup.

Et toujours. C’est ça être enseignant, c’est un contrat à vie!

#Clair2014, un premier jet

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Un premier jet, car je ne peux contenir toute cette énergie collectée, j’ai envie que rapidement vous y ayez accès vous aussi.

Un premier jet, car c’est une certitude que germeront d’autres graines recueillies au CAHM, et que des ébauches se préciseront.

Sans blague, que vous soyez en enseignement ou non, l’éducation touche tout le monde… l’inspiration, le leadership, la création, c’est universel. Clair est un pèlerinage pédagogique dans mon cas, un lieu de rencontres, de renaissance cognitive, un terreau de possibles, une addition de réflexions qui, littéralement, dansent un rock’n roll en ligne neuronale. Jean-Yves Fréchette (@jyfrechette et @pierrepaulpleau) « slame » la créativité, Annick Arseneault (@annickcarter1) s’ancre dans la réalité d’une classe qu’elle inverse, Nancy Brousseau (@nancybrousseau) colle des évidences pour faire un reflet et Raymond Vaillancourt dessine le leadership avec beaucoup de couleurs. Ce sont mes coups de coeur, et je ne parviens pas à n’en choisir qu’un… C’est tout dire! Offrez-vous une parcelle, croquez la saveur de ‪#‎Clair2014‬.

Grâce à la participation de l’Université de Moncton et des élèves du CAHM (l’école qui accueille l’événement annuellement depuis 5 ans déjà), les conférences de chacun sont disponibles en ligne et les présentations PowerPoint, SlideShare ou autres sont aussi accessibles.

Mes yeux brulent.

La route fut longue.

À suivre!