Archives Mensuelles: avril 2012

Journaliste: réfléchissez!

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Réaction timide à l’article de Richard Martineau dans le journal de Montréal le 14 avril 2012.

Beau dimanche pour racler. Je m’arrête plutôt pour vous écrire. Ici, sur un blogue, tel que vous le suggériez…

Enseignants : enseignez!

Journalistes : réfléchissez!

Vous avez un pouvoir social important, journalistes. Je ne peux, après réflexion vous dire de cessez de considérer le public comme un auditoire et le poste que la société vous a confié comme une tribune… Il s’avère, en toute logique, que votre rôle social vous donne une tribune et que le public est votre auditoire.  Et il s’avère aussi que notre rôle social, à nous, enseignants du quotidien, nous offre, en quelque sorte, une tribune pour que nous guidions le mieux possible ces jeunes à devenir de bons citoyens, et un bon citoyen, vous en conviendrez, a des opinions. Le contraire vous rangerait au rang des mauvais citoyens, homme d’opinion au verbe incisif.

Vous devez admettre, qu’en 2012, l’enseignant ne peut pas être qu’un « transmetteur » de connaissances. Auquel cas, l’immobilisme idéologique syndical dont vous parlez serait bien peu alarmant en comparaison à l’immobilisme éducatif. Les jeunes peuvent avoir accès à toute l’information, à toutes les connaissances dont ils ont besoin sur ce cellulaire intelligent que la plupart des écoles s’acharnent à combattre, malheureusement. La vie va vite, M. Martineau. L’école est épuisée, oui. Elle parvient difficilement à redéfinir son rôle dans ce tourbillon. Un tourbillon créé par les avancements technologiques incessants qui l’obligent à se redéfinir plus vite que son ombre, mais aussi par ces articles qui remettent en doute les compétences de nos enseignants et qui influencent, par leur diffusion massive, contrairement à l’étendue de la tribune que nous avons, une population entière qui perd confiance en ses enseignants et qui, plutôt que de travailler en collaboration avec ceux qui passent près de 40 heures avec leurs enfants, leurs futurs électriciens, leurs futurs géologues, leurs futurs éducateurs, leurs futurs journalistes, choisit de les juger et de remettre leur compétence, leur décision, leur jugement en doute, et ce, nonobstant le sujet dont il est question.

Quelle était votre intention positive en rédigeant cet article? Faire ressortir l’importance de l’équité et de l’impartialité et, avec elle, votre mécontentement relatif à l’affichage ostentatoire d’un signe qui influençait des élèves?

Soulever cette situation était tout à fait légitime. Vous avez le droit de la questionner. Là où il vous faut savoir vous arrêter, c’est lorsque vous portez atteinte à l’intégrité professionnelle des enseignants du Québec.

Il apparait que vous aviez deux intentions en écrivant cet article. Une socialement acceptable qui permet un échange réflexif sur la pratique d’adhésion politique dans un cadre scolaire, et une autre qui était de  remettre en doute la compétence des acteurs scolaires, élèves comme enseignants.

De prétendre que les enseignants sont des transmetteurs mécaniques qui n’ont pas besoin d’être sympas, dévoués et coopératifs est limitatif, c’est aussi affirmer que ces jeunes sont seulement aptes à « recevoir » les connaissances qui leur sont « transmises ». Ce ne sont pas exclusivement les connaissances qui aident à forger ses propres opinions…

Si 40 heures par semaine pendant au moins 12 ans, les jeunes ne voyaient pas d’adultes avoir des opinions, qui leur apprendrait à en avoir, à les exposer, à les confronter, à les défendre? Vous? Je déplore donc la colère et le mépris qu’ils apprendront à inclure dans l’exposition de LEURS PROPRES opinions, comme si c’était la seule façon de les faire valoir.

Mes collègues, chaque jour, jonglent avec des variables humaines imprévisibles. Ils agissent au meilleur de leur compétence dans les circonstances qui tracent leurs jours. Et, devant eux, des jeunes qui baignent, pour ne pas dire qui se noient, dans une mer d’informations qui fusent de toutes parts et qui ont de moins en moins de points de repère pour les guider.

La vie court M. Martineau. Elle court vite. « production, profits, pourcentage / Parlez-nous d’autres choses / Des enfants que nous aurons ensemble / Du jardin que nous leur ferons ». Cette course ne date pas d’hier. Et devant nous, des êtres humains qui doivent apprendre à être au travers ce tumulte. Et derrière nous? Certainement pas vous avec votre condescendance et votre mépris à notre égard.

Si les enseignants ont, à vos dires d’enquêteur rigoureux, de la difficulté à apprendre à lire, à écrire et à compter correctement, vous êtes-vous arrêté à réfléchir aux raisons? Faut-il à tout prix que cela ne dépende que de l’incompétence des enseignants, tous, puisque vous généralisez. Pourriez-vous reconnaitre, au même titre que vous reconnaissez que la meilleure personne pour polir une pierre est un joaillier, que les enseignants sont des professionnels formés pour « contribuer à la formation intellectuelle et au développement intégral de la personnalité de chaque élève qui lui est confié » (LIP art.22-1)?

M. Martineau, je vous en conjure, « n’oubliez jamais l’influence que vous pouvez avoir sur les autres » (Pierre Demers, UdeS) et réfléchissez à l’intention positive de vos paroles sur la conscience sociale de vos lecteurs. Puissent-ils, comme nos élèves, être aptes à réfléchir et à peser le pour et le contre de ces paroles dures que sont les vôtres.

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