Car le monde et les temps changent

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Sur chaque porte (je dis bien chaque porte) de l’école où j’aime travailler, il y a dorénavant des affiches placardées arborant de gras cercles rouges d’interdiction apposés sur une image de cellulaire.

On a choisi de mener une bataille impossible à gagner… Du moins, c’est la conclusion à laquelle j’arrive après chaque instant de réflexion.

Il y a trois écoles de pensée au sujet de cette nouvelle technologie qui ne cesse d’évoluer. On parle maintenant de téléphones intelligents! De quoi parlerons-nous demain? De téléphones autonomes?

La première école de pensée regroupe les gens qui sont à l’affût des tout derniers gadgets et qui, constamment, en font l’utilisation sans égard à un décorum ou à une étiquette sociale. Joignables partout, en tout temps, ils répondent en plein coeur d’un souper au restaurant entre amis. J’ai vu, de mes yeux, vu, un homme de près de 50 ans (signe que ce n’est pas un constat juvénile), répondre pendant des funérailles. Aucune honte, il chuchotait. Rien de mal. Un appel important? Il s’est extirpé, tout en dialoguant, de son banc d’église et s’est rendu à l’extérieur. Marque de respect. Il a rempli son devoir social. À ses yeux, rien de plus normal. Il se retrouve donc, dans cette première catégorie, en compagnie de tous ceux et celles qui, à tout moment, ont entre les mains Ipad ou cellulaire, qui ne comprennent pas que l’on puisse, aujourd’hui, ne pas adopter ce mode de vie technologique du lever au coucher sans interruption et qui, inconsciemment, bien sûr, répondent à des textos ou s’extasient devant la dernière publication twitterienne ou facebookienne tout en simulant d’être totalement à l’écoute de leur interlocuteur physique.

L’attitude de ce premier groupe, obnubilé par le tourbillon du changement, entraine la formation de la seconde école de pensée qui, elle, regroupe les gens dits « anticellulaires ». Ces derniers, offusqués par le manque de considération sociale et la perte d’humanisme qu’occasionne l’utilisation abusive et inconsciente de ces gadgets, choisissent de détester l’objet en l’identifiant comme la cause d’une dérive comportementale qui ne fait qu’accroître. Le cellulaire devient l’ennemi à abattre et il est hors de question pour ces gens d’en faire l’acquisition. Du moins, c’est ce que leurs paroles portent, haut et fort, comme message, mais on les entend tout de même se questionner sur les coûts et réfléchir à l’utilité que cela pourrait avoir dans leur vie avant de se raviser en prétextant être dépassés et n’y rien comprendre.

L’aspect pratique, les possibilités quasi illimitées d’utilisation et le fait que ces gadgets (cellulaires, Ipad, portables, etc.) dessinent dorénavant les nouveaux contours de la réalité (comme la télévision l’a fait dans les années ’50…) sont les trois aspects qui ébranlent la structure défensive. Il y a donc du bon au travers le tsunami du changement de la carte sociale. Même les plus rébarbatifs y voient les avantages potentiels.

Seul obstacle: la dérive de l’éthique sociale généralisée.

C’est là que survient la troisième école de pensée. Souvent, elle regroupe des gens qui ont déjà fait partie du second groupe dont je viens de dresser les particularités observées, mais qui ont gouté au « monde des possibles » que permet d’explorer la porte technologique maintenant grande ouverte. Un vaste monde. Effrayant. Incontrôlable. Changeant. Étourdissant. Mais aussi surprenant, car il regorge de mille et une choses qui semblaient improbables. Il est facile de savoir, de trouver réponse à ses questions, de communiquer avec un proche, etc. Facile dans la vie de tous les jours, sauf à l’école!?!?!?

Bon, c’est là où il y a, à mon avis, incongruité.

L’école a le devoir, tout comme les parents, d’amener les élèves à devenir de meilleurs citoyens capables de faire leur chemin dans la vie grâce à un bagage de connaissances, certes, mais aussi de compétences variées. En ce moment, ce que je constate, c’est qu’il est moins facile de pouvoir apprendre à son rythme et selon son profil d’apprenant à l’école qu’à l’extérieur de l’école. La réalité scolaire ne cadre pas dans la réalité sociale, c’est complètement une autre réalité où les outils et les règles ne sont pas les mêmes. Je vous vois réagir en me disant: « Oui, mais les jeunes n’apprennent pas avec leurs bebelles, ils textent, ils écoutent de la musique, ils jasent, ils jouent, ils chatent. » Évidemment! C’est ce qui leur est vendu, c’est ce qu’ils connaissent. On ne leur a pas ouvert la porte du « monde des possibles ». On leur interdit d’y entrer dans un contexte d’apprentissage…

Les parents disent qu’ils sont dépassés.

Les profs soutiennent qu’ils ne s’y connaissent pas et ont le besoin de tout contrôler et d’avoir réponse à tout pour se sentir compétents (je sais ce que je dis, j’en suis!), cela exclut donc l’utilisation des TIC puisqu’incontrôlables.

Cela nous laisse donc un topo désolant: la technologie s’empare de nous, nous détourne de notre humanité, nous rend colériques ou, pire, nous effraie tellement qu’on choisit de fermer les yeux.

C’est là que nait la troisième école de pensée, celle qui croit vraiment que l’on peut changer la situation. L’éducation passe par la maison et l’école, n’est-ce pas? On pourrait (malheureusement ou heureusement, mais bien incontournablement…) ajouter à cela la télévision et Internet.

Si on choisit que la perte de compétences sociales engendrée par l’utilisation inadéquate des TIC au quotidien est inacceptable et qu’il est inconcevable que les choses restent ainsi;

Si on veut que nos enfants puissent ne pas se laisser submerger par la technologie et être capables de jongler avec les variables inconnues qui, tous les jours, s’ajoutent au tableau de la réalité;

On se doit d’accepter que notre mandat d’éducateurs (je parle ici de tous ceux qui s’impliquent dans l’éducation des futurs citoyens, de ceux qui prendront la relève…) a changé. On ne peut plus seulement être des diffuseurs de connaissances. On n’accote pas la machine. Dur de le dire. Encore plus de l’accepter. Ce que l’on a et que la machine n’a pas, et n’aura jamais autant, c’est la capacité de réfléchir, de raisonner. On doit dorénavant être des guides. On doit parvenir à amener chacun des adultes de demain à développer sa capacité à raisonner, son système D, et ce, en tenant compte de la réalité dans laquelle il évolue et évoluera. À cela s’ajoute la nécessité de faire une rééducation sociale pour contrer les dérives comportementales inconscientes et l’importance de sensibiliser les gens aux nouveaux dangers de cette nouvelle réalité.

Jamais, personne ne parviendra à tout savoir du « monde des possibles » que la porte technologique a ouvert. Le mieux est d’être outillé pour marcher sur ces chemins tout en n’oubliant pas ce que nous sommes: des êtres fondamentalement humains.

Faisons que l’école se marie à la réalité, qu’elle dépasse ses murs, qu’elle accepte de ne plus être ce qu’elle était exclusivement, qu’elle évolue!

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  1. Je navigue souvent entre les diverses écoles de pensées selon mes humeurs. Ma première observation est que les « téléphones intelligents » empêche de vivre l’instant présent. Les 2 derniers spectacles que j’ai été voir, m’ont permis de constater qu’une bonne partie l’audience n’écoutait pas le spectacle, mais ils textaient.

    Pourtant, ils avaient payé leur billet! Donc, imaginez si moi, qui enseigne, je fais face à des élèves qui n’ont pas payé pour assister à mon cours et qu’en plus, le cours est imposé… Est-ce perdu d’avance?

    La plupart des enseignants, dont je fais partie, essaient d’enseigner de la même façon qu’ils ont appris. On remplit des cruche vides. Mais je crois que les facultés d’éducations des universités et les commissions scolaires sont complètement dépassées par le type d’élèves qu’il y a devant nous.

    Les enseignants devaient amener les élèves du point A au point B. Selon le chemin qu’ils avaient appris. Aujourd’hui, les élèves sont mis devant 45 chemins différents. La job du prof est de s’assurer qu’ils ne se perdent pas en cours de route.

    Le métier est en complète mutation, mais ce qui me frustre le plus, c’est que je me sens parfois dépassé. Je manque d’outils. J’ai l’impression que j’ai passé 4 années à l’université dont les conséquences sont rendues obsolètes.

    Finalement, iPOd, iPad, téléphone intelligent… Est-ce que le besoin crée l’objet? ou l’objet crée le besoin?

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